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Rentrez de vacances pour le 31 ! Compte-rendu de la manif 24 juillet contre le pass sanitaire

Comme beaucoup sont en vacances actuellement, je vous fais un petit compte-rendu très subjectif et rapide du cortège parisien de la manif du 24 juillet 2021 contre le pass sanitaire mais pas que. C’est aussi un appel à se préparer pour la manif du 31 et à celles qui ne manqueront pas de suivre.

J’avoue, je me suis rendu.e à cette manif avec l’inquiétude qu’elle soit pleine de complotistes et de nationalistes … Disons que j’ai été très agréablement surpris.e et j’aimerais partager cette surprise et mon enthousiasme avec celleux qui n’étaient pas là. Voici mon compte-rendu, c’est une perspective personnelle depuis un bout de la manif et quelques idées pour l’avenir, rien de plus.

Les thèmes abordés par la manif

Rappelons que, dans la mobilisation de la manif, sur les visuels et sur Twitter, il y avait aussi des références à la loi Sécurité Globale, à la réforme Chômage, au mouvement GJ et donc aussi au mépris de classe centralisateur à la française. Donc déjà, en fait, ça commençait bien.
Finalement, sur les pancartes et dans les slogans, l’essentiel, c’était l’opposition au pass sanitaire et au capitalisme, le manque de liberté et la haine des flics. C’est déjà chouette. Il y a encore beaucoup de sujets, à mon avis, qui mériteraient qu’on les mette un peu plus en avant parce qu’ils sont liés à la question du pass sanitaire, par exemple la lutte contre les frontières et le racisme (comment peut-on être contre le pass sanitaire sans être contre les passeports ?) ou encore le contrôle et la surveillance en général (comment peut-on être contre le flicage sanitaire sans être contre la vidéo-surveillance ?).

Premières impressions

La manif est partie de Bastille autour de 13h, donc avec une heure d’avance. Par conséquent, beaucoup de personnes ont du passer une partie de l’après-midi à lui courir après. Le côté positif, c’est que, dès le départ de la manif, les flics ont du être débordés. Quand j’ai pu enfin la rejoindre, on m’a raconté une altercation de la manif avec les BRAV, apparemment les BRAV se seraient « chié dessus » et une de leurs motos aurait été renversée. Après vérification, j’ai trouvé cette vidéo qui fait plaisir et confirme cette histoire. Tout le monde était électrisé et l’ambiance était géniale, très énergique.
Comme Philippot et les autres fachos avaient mobilisé ailleurs, nous au moins on était tranquilles. Des personnes arrivant dans la manif tenaient à vérifier que c’était bien celle « pas de droite ». Il y a eu quelques marseillaises, quelques drapeaux français et j’ai vu un seul mec déguisé en gaulois. Quelques « les putes à Macron » et « Macron enculé » aussi, mais qui ont été faciles à désamorcer à chaque fois. Je n’ai pas vraiment été confronté.e à des complotistes, tout au plus des gens un peu confus, un mec qui évoquait, en plaisantant à moitié,la possibilité que tou.tes les vacciné.es meurent.

Mon impression générale, c’était vraiment le retour aux manifs du samedi, l’ambiance GJ des meilleurs journées, celles avec plein de gens différents, où on fait quelques compromis pour les drapeaux français, où on discute beaucoup et où il y a une énergie et un potentiel exceptionnels.

Déroulement de la manif et stratégie

Stratégiquement, c’était vraiment pas mal. Il m’a semblé qu’un objectif clair se cristallisait : l’envie de faire notre propre trajet et d’aller reprendre les Champs. Et c’est ce qu’il s’est passé.

La manif commençait à Bastille, le point d’arrivée était Porte de Champeret à 19h. Le cortège est passé par République et par la gare Saint Lazare. Après celle-ci, des petits groupes ont commencé à se détacher lors des tentatives de départs en sauvage vers les Champs. Il y avait tellement peu de flics (peut-être grâce au départ anticipé de Bastille ?) que je ne saurais même pas dire à quel moment le gros du cortège a quitté le trajet autorisé.
Il ne m’a pas semblé y avoir beaucoup d’intérêt pour attaquer les flics ou les boutiques, je n’ai même pas vu de graffitis. Par contre, quand il s’agissait de partir en sauvage, les BRAV ou les cordons de gendarmes ont été poussés. On s’est laissé déconcentrer quelques fois par de pauvres embrouilles avec des rageux dans la rue ou des automobilistes relous, pour moi c’est une perte de temps et une prise de risque, surtout en sauvage. Par contre les stratégies étaient souvent proposées clairement, distinctement et spontanément par des personnes différentes (aussi beaucoup par des meufs et ça fait plaisir), type « on va par là et par là pour rejoindre le gros groupe » ou bien « on reste ensemble », « ils nous courent après, courez ». C’était assez carré. A un moment, la foule a commencé à scander « on prend le chemin qu’on veut ! » pour se donner du courage à partir en sauvage et ça a bien marché.

Quand on a réussi à partir en sauvage et qu’on a réalisé qu’on avait totalement débordé les flics, on était euphoriques, mais pas autant qu’à notre arrivée sur les Champs. C’était une manif franchement réussie, et plusieurs voix s’élèvent pour dire que ce serait aussi le début d’un nouveau mouvement. Peut-être que c’est une occasion à ne pas manquer.

Et la suite ?

Je pense que le 31 juillet, ce ne sera pas aussi facile, je crains que la répression ne nous attende au tournant. Je pense aussi que cette mobilisation du 24 a mis un joli coup de pression, mais si on veut que cela se développe en mouvement sur la durée, il va falloir faire évoluer le concept, sinon on risque de retomber dans une phase de lutte où on essaie désespérement d’atteindre les Champs (ou n’importe quel objectif symbolique) et on se prend échec sur échec. Cerveaux Non Disponibles ont publié un thread où il est question de prendre du temps et de l’espace pour se rencontrer et faire grandir ce début de mouvement. L’un des moments où cela est possible, ce sont justement les manifs, et la prochaine, c’est le samedi 31 juillet.

Voici donc quelques idées pour la suite :

  • diffuser des flyers et des brochures pour faire partager des idées et pour faire se rencontrer des luttes.
  • continuer à aller à ces manifs et à parler aux gens, à les contredire ou à leur dire quand quelque chose nous gêne ou nous révolte : ne pas s’habituer au sexisme, à l’homophobie, au complotisme, au patriotisme qu’on peut y croiser. Pour ça, ça peut être utile de préparer un petit argumentaire en amont pour savoir quoi dire face à un « Macron enculé » ou un drapeau français.
  • ramener du matos pour jeter, bloquer, casser, peindre, salir. Les rues des riches sont totalement aseptisées, ça fait peine à voir.
  • s’organiser et se ramener en groupes, car sans cela, difficile de créer des moments d’attaque ou de créativité où l’on se sente en sécurité. Les groupes affinitaires, ça crée aussi des bulles de sécurité pour les personnes qui font pas partie du groupe et se grèffent spontanément aux actions, et ça a manqué à cette manif.
  • réfléchir à l’avance à quelques slogans qui nous permettent de partager nos contenus avec les autres sur la manif, ou bien de remettre un peu les idées en place quand ça dérape. Quelques idées, des classiques et des nouveautés :
  • « A bas l’État, les flics et les fachos », « A bas l’État, les flics et les patrons », « A bas l’État, les flics et les machos » (à adapter selon la situation)
    « Macron, Macron, on t’encule pas ; la sodomie, c’est qu’entre ami.es »
    « A bas l’État, à bas les frontières ; pas de passeports ni de pass sanitaires »
    « Tout le monde déteste la police »
    « Tout le monde déteste les QR codes »

On se voit dans la rue le 31 !