Close

La petite suggestion de Lagertha

Érigé sur la pointe nord de l’île danoise de Seeland, le majestueux château d’Elseneur a contrôlé pendant quelques siècles le détroit menant vers la mer baltique. Si ce monument fait aujourd’hui encore la fierté des habitants du coin, d’autres ne manquent pas de rappeler avec malice qu’il reste surtout connu en dehors de l’île pour avoir servi de cadre à une célèbre tragédie, de laquelle on ne retient généralement que le fait qu’ « il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark ». Et qui plus est, on ne peut même pas compter sur l’actualité récente pour démentir le vieil adage shakespearien. Au contraire. N’est-ce en effet pas là que le 3 juin dernier a été votée la loi permettant de dégager en masse les demandeurs d’asile du pays, en sous-traitant désormais leur « accueil » à des pays-tiers hors Union européenne le temps de l’étude du dossier (des discussions sont en cours avec l’Egypte, l’Ethiopie et le Rwanda) ? Et n’est-ce pas ce territoire du vieux continent qui a été pionnier dans l’imposition à la population d’un Coronapas dès le 21 avril, obligatoire pour les plus de 15 ans dans les cinémas, les stades, les bibliothèques, les bars ou encore… les auto-écoles et autres salons de coiffure ?

D’un autre côté, c’est également dans ce pays nordique qu’une petite suggestion anonyme a alors resurgi, offerte à tous les contestataires qui brûlent actuellement d’en finir avec ces nouvelles mesures liberticides. Une petite suggestion qui s’est même répétée par deux fois (au cas où quelqu’un n’aurait pas bien entendu) à une trentaine de kilomètres du château d’Elseneur, en touchant précisément quelque chose de pourri du royaume du Danemark et d’ailleurs. Celle-ci consiste rien moins qu’à perturber les contrôles d’identité de la police et ceux du QR code sanitaire effectués par n’importe quel autre larbin en sabotant les ondes qui connectent smartphones et tablettes à leurs indispensables bases de données en tout genre.

Vejby (Danemark), 25 mai 2021

La première alarme pour les autorités est venue dès le 25 mai dans le bourg de Vejby, près de la côte zélandaise de Kattegat, à environ 50 km au nord de Copenhague. Là, un incendie nocturne s’est déclaré contre une antenne-relais et son bâtiment adjacent, coupant l’ensemble des opérateurs de téléphonie mobile de la zone. Mais ce n’est pas tout, puisque les autorités ont révélé sur la pointe des pieds que l’infrastructure calcinée hébergeait en sus non seulement un radar de l’armée pour la surveillance des eaux (en l’occurrence de la Marine), mais aussi plusieurs équipements du réseau crypté de la police danoise nécessaire aux contrôles (SINE, SIkkerhedsNettet). Les enquêteurs d’abord circonspects ont vite été intrigués par la présence « d’un grand trou effectué dans la clôture à l’arrière de l’installation sécurisée », puis ont immédiatement bouclé la zone avant de la faire ratisser par des chiens toute la journée du lendemain.

Helsinge (Danemark), 15 juillet 2021

La seconde alarme est venue le 15 juillet dernier dans la ville de Helsinge, située à 5 kilomètres de Vejby, lorsqu’une seconde antenne-relais est partie en fumée vers 2h30 du matin. Cette fois encore, le feu a rongé les câbles entre le bâtiment hébergeant les équipements de télécommunications et l’antenne elle-même, avant de grimper le long de cette dernière. Les autorités dépitées ont alors précisé que « tout lien avec des incendies antérieurs de nature similaire sera également inclus dans l’enquête », puis ont là aussi fait appel à de fidèles canidés (ceux à quatre pattes) pour inspecter la zone.

Tandis que les fins limiers danois, certes moins rodés en la matière que d’autres collègues européens, se penchent à présent sur la fumeuse théorie des auto-combustions d’antennes – certainement lasses de servir le contrôle policier et sanitaire ou d’assister au télétravail –, comme sur le fait qu’il puisse « simplement s’agir d’une étrange coïncidence », on pourrait de notre côté se risquer à une autre hypothèse. Et un peu plus réaliste, que diable !
Pour cela, il nous faut remonter aux mythiques skjaldmö vikings, ces guerrières au bouclier qui combattirent parfois à plusieurs centaines contre les Goths ou les Huns, selon le récit des sagas nordiques. L’une d’entre elles, peut-être la plus connue, se nommait Lagertha et avait gagné le Valhalla il y a plusieurs siècles déjà, lorsqu’elle comprit soudain qu’attendre auprès d’Odin la grande catastrophe finale n’était qu’un décalque millénariste des inepties chrétiennes. Et que quitte à finir en ce fade 21e siècle sous forme de musique électro, de jeu vidéo, de série télévisée ou pire, de fantasmes néo-nazis, autant retourner direct à Kattegat pour saccager tout ce qui avait rendu cela possible. Une fois revenue dans sa chère baie, c’est donc là, au printemps dernier, qu’elle fut écœurée par ce monde médié par toujours plus d’appendices technologiques, où trop d’êtres brandissent avec délectation l’écran de leur propre servitude. Loin de toute résignation, elle entreprit alors une fois de plus de « glisser la panique de ses amis vers le camp ennemi », comme le contait déjà l’odieux moine qui transcrivit autrefois sa légende. Si elle manquait certes de temps pour comprendre les nouveaux rapports sociaux à l’origine de tout ce merdier, il en fallut peu pour incendier avec délice les deux tours de câbles et de radars qui l’environnaient. Non seulement ces structures de télécommunication heurtaient sa propre sensibilité, non seulement elles barraient tout horizon désirable, mais elles procuraient aussi concrètement à l’ennemi les moyens d’un contrôle diffus permanent lui épargnant de nombreuses batailles.

En apprenant un peu plus tard ce que le poète anglo-saxon avait casé dans Hamlet à propos du Danemark, Lagertha ne put s’empêcher de sourire. Cheminant au bord des vagues, elle continua même de plus belle, en songeant que si l’ensemble de la planète était désormais touchée par une même pourriture technologique nous privant petit à petit de toute autonomie, le remède primitif qu’elle venait d’employer par réflexe à Vejby comme à Helsinge fonctionnait par contre toujours à merveille…

[synthèse de la presse danoise, 31 juillet 2021]

Boulogne-sur-mer : internet ne tenait qu’à un fil

Un acte de vandalisme prive des Boulonnais d’Internet
depuis plusieurs jours

La Voix du Nord, 21 juillet 2021 (extrait)

Le 13 juillet, un ou plusieurs individus ont sectionné les fibres d’une armoire télécom située avenue de Normandie à Boulogne. Résultat, un bon nombre d’abonnés du quartier Beaurepaire, tous fournisseurs d’accès internet confondus, ont été privés d’Internet et de téléphone fixe pendant plusieurs jours.

La panne dure depuis le 13 juillet. «  Vous vous rendez compte, aujourd’hui, se retrouver presque 10 jours sans Internet et sans téléphone…  », râle Robert Courdot. Cet habitant de la place de Bretagne fait partie des nombreuses victimes de l’acte de vandalisme perpétré la semaine dernière avenue de Normandie. Un ou plusieurs individus ont forcé une armoire télécom et ont coupé l’ensemble des fibres qui s’y trouvaient. Ce qui a eu pour conséquence de couper le réseau téléphonique et internet…

Grenoble (Isère) : incendie solidaire contre l’installateur Telecom

boum véhicule scopelec
Indymedia Nantes, 18 juillet 2021

Dans la nuit du 15 au 16 juillet, on a incendié une camionette nacelle Scopelec dans le quartier des eaux claires à grenoble.

Un ptit boum contre cette entreprise qui participe à l’extension du contrôle technologique en installant des réseaux télécom (fibre optique, 5G etc.). L’instauration d’un pass sanitaire est une pierre de plus pour la construction de « villes intelligentes », de surveillance et de traçage.

Solidarité avec Boris enfermé pour l’incendie de deux antennes-relais !

ps la pluie n’éteint pas le feu

Brochure solidaire : Burning the centres of the technological virus

[reçu par mail]

« Incarcéré depuis son arrestation le 24 septembre 2020 pour avoir incendié deux antennes-relais dans le Jura pendant le premier confinement, B. a été condamné à 4 ans de prison, dont deux avec sursis. En solidarité avec Boris, nous avons traduit en anglais la publication que la police a trouvé à son domicile lors de la perquisition, et utilisée comme un élément [supplémentaire] à charge contre lui : Brûler les foyers du virus technologique. » En complément a aussi été rajoutée la traduction de sa lettre de prison, Pourquoi j’ai cramé les deux antennes du Mont Poupet.

Burning the centres of the technological virus. On the necessity of cutting the networks of domination, (en anglais), 24 pages A5, juillet 2021

Pithiviers (Loiret) : un coup de pince met les boutiquiers en tilt

Des commerçants de Pithiviers privés d’internet à la suite
d’un acte de vandalisme

La République du centre, 16 juin 2021

Plusieurs commerçants de Pithiviers se sont retrouvés sans connexion internet, rue de la Couronne et place du Martroi notamment, depuis mardi 15 juin au matin.

La librairie Gibier a notamment été touchée, toute la journée de mardi et celle de mercredi. « Les problèmes ont commencé lundi en fin de journée », estime Fabienne Boidot-Forget, la libraire (la boutique étant fermée le lundi). Conséquence de la panne : impossible de prendre les paiements en carte bancaire ; et un seul poste informatique sur cinq pouvant fonctionner, grâce à une borne wifi provisoire.

À l’origine de cette panne ? « Un acte de vandalisme dans la nuit de vendredi à samedi, au niveau d’un point de mutualisation de la fibre optique. Des câbles ont été sectionnés, ce qui a impacté les services dans ce secteur« , précise la communication d’Orange, contactée ce mercredi 16 juin. « On rétablit la situation au fur et à mesure des signalements, les équipes sont mobilisées« , confirme l’entreprise.

Nancy : quelques infos sur la situation de Boris et procès en appel

Nancy/Besak : quelques infos sur la situation de Boris
Indymedia Nantes, 7 juillet 2021

Le 10 avril 2020 pendant le premier confinement, le compagnon anarchiste Boris a incendié dans le Jura deux antennes de téléphonie mobile des quatre opérateurs télécoms, hébergeant aussi les communications de la police et de la gendarmerie. Comme il l’a lui-même expliqué depuis la prison où il est maintenant incarcéré depuis dix mois : « L’heure est à l’accélération des flux et des données, à la connectivité des objets du quotidien pour contrôler, écouter, tracer, et espionner toujours plus, rendre l’être humain sans cesse plus esclave de la machine. C’est tout cela que la domination appelle « progrès », « civilisation ». En réalité, ce projet de société a tout de dystopique. Face à ce quadrillage du numérique, il n’y a pas 36000 solutions. Il me semble nécessaire de dépasser le stade de la critique et d’agir ici et maintenant, en reliant les idées aux actes (…). Je fais partie de celles et ceux qui, au premier retentissement de l’ordre étatique et sanitaire, ont refusé de s’enfermer chez elle/eux et sont sorti-e-s pour s’attaquer directement à un des piliers de la domination » (Pourquoi j’ai cramé les deux antennes du Mont Poupet, juin 2021).

Incarcéré depuis septembre 2020 à la prison de Nancy-Maxéville après des mois d’enquête et sur la base d’un ADN retrouvé sur place, Boris est passé en procès le 19 mai dernier dans cette ville. Jugé à quasi huis clos, sans son avocate qui avait demandé un report et sans les compagnons solidaires interdits de tribunal au prétexte des normes covid, les ordures en toge l’ont condamné à 4 ans de prison, dont 2 fermes, plus une centaine de milliers d’euros de dommages et intérêts. Il a immédiatement fait appel de ce jugement, dont la date vient de tomber.

Boris repassera donc en procès devant la Cour d’appel de Nancy le 20 septembre 2021 à 14h, et chacun peut d’ores et déjà continuer à lui exprimer sa solidarité, de la manière chaleureuse qu’il estimera la plus adéquate…

Par ailleurs, dès son retour en taule après cette condamnation, Boris est passé au prétoire (tribunal interne de la prison) où il s’est pris trois semaines de mitard, dont deux avec sursis, pour une altercation quatre mois plus tôt avec un autre détenu, qui avait déjà été réglée entre les intéressés sans aucun besoin de la sale médiation des autorités pénitentiaires. Malgré cette semaine de mitard et la lenteur du courrier, son moral reste bon. A ce propos, on peut aussi signaler que le courrier sortant du compagnon continue de passer par le bureau de la juge, alors que l’instruction est close depuis début avril, un tour de passe-passe bureaucratique sur lequel chacun pourra tirer ses propres conclusions.

Enfin, à Besançon même, les flics ne semblent pas lâcher l’affaire (une enquête reste ouverte pour l’incendie du local d’une antenne SFR dans cette ville à la même période), et au moins deux personnes ont ainsi été approchées par des porcs en civil ces derniers mois pour tenter de gratter des informations sur des proches de Boris. Une mise à jour suivra sur ces faits…

La solidarité, c’est l’attaque
Liberté pour toutes et tous !

Pour obtenir son numéro d’écrou et écrire à Boris, on peut envoyer un mail à besakattak at riseup.net, tandis que du côté de ses mandats en taule, ils sont toujours assurés par Kaliméro, caisse de solidarité avec les prisonnier.e.s de la guerre sociale.

Des anarchistes complices et solidaires de Boris,
6 juillet 2021

Mont-d’Origny (Aisne) : multiple sabotage contre le réseau Orange

Toujours pas de téléphone à Mont-d’Origny, le réseau Orange
a été saboté à plusieurs endroits

Aisne Nouvelle, 30 juin 2021 (extrait)

Pendant environ dix jours, de nombreux foyers de la commune ont vécu sans connexion Internet. Si cela est supportable quelques heures, il devient compliqué de vivre ainsi plusieurs jours consécutifs. Heureusement, le réseau est revenu ce lundi dans la journée.  Il s’avère que la panne est liée à plusieurs actes de malveillance. «  J’ai eu des informations concernant le souci. Orange m’a indiqué qu’il y avait eu des actes de sabotages à plusieurs endroits sur le réseau. Il y a eu des fils coupés avec une pince », explique Gérard Allart, le maire.

Ce qui est plus grave, c’est qu’à l’heure actuelle, les habitants, s’ils ont de nouveau accès à Internet, ne peuvent toujours pas utiliser le réseau téléphonique fixe. Là encore il y a eu des dégradations. « Le fil Télécom a été coupé à deux endroits sur une ligne par exemple », poursuit l’édile, lequel s’est entretenu avec les employés qui sont intervenus dans la commune. « Ils m’ont dit que c’était des actes volontaires. Ils m’ont fait voir les traces de pieds que l’on voyait sur les poteaux électriques. Les personnes sont montées et ont coupé », regrette l’édile.

Cham (Suisse) : internet et la télé s’éteignent au petit matin

Des câbles télécom endommagés par le feu à Cham
ATS, 27 juin 2021

Un incendie s’est déclaré dans une canalisation abritant des câbles télécom vers 00h30 dans la nuit de samedi à dimanche à Cham (ZG, soit le canton de Zoug). Une partie de la population de la région est privée de télévision, de l’internet et du téléphone fixe, mais pas du cellulaire.

La cause de l’incendie est inconnue. Personne n’a été blessé, a indiqué dimanche la police cantonale. La réparation devrait prendre beaucoup de temps. Les dégâts sont considérables, précise-t-elle dans un communiqué. Malgré l’intervention rapide des pompiers, de nombreuses lignes ont été complètement détruites. Dans certaines parties de la région de Cham-Ost, les connexions fixes ainsi que les lignes Internet et de télévision sont donc interrompues. Le réseau cellulaire, en revanche, n’est pas affecté par l’interruption.

Gênes (Italie) : sabotages incendiaires d’infrastructures technologiques et énergétique

Gênes : Incendies de l’antenne-relais 5G du Pôle technologique Erzelli, d’armoires de data-serveurs et contre un pylône à haute-tension de Terna
traduit de l’anglais de Darknights, 25 juin 2021

Ndt : selon la presse italienne (Genova24 du 20 juin), les dégâts contre le pylône de Terna ont également conduit ce gestionnaire national du réseau électrique à haute-tension (équivalent de RTE en France) à couper provisoirement l’électricité dans toute la zone de Coronata où se sont produits ces sabotages.
Voici le long communiqué de revendication, paru semble-t-il directement en anglais :

Nous vivons une époque où le triomphe de la science, de la technologie et de la technique ne cesse de s’imposer. Cela ne signifie pas que nous sommes dans un monde de science-fiction ou visionnaire, mais que, dans la réalité crue, la science après avoir fidèlement servi la politique (l’État) et l’économie (le capital), est désormais devenue le moteur du nouvel ordre productif et économique.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, elle fournissait à l’Etat les moyens de propagande (TV, radio, presse), les moyens de répression (armes) et les moyens de production industrielle qui réduisaient la force de travail. Depuis le milieu du siècle dernier, le pouvoir de la science s’est accru toujours plus pour envahir chaque aspect de nos vies et, grâce aux technologies bio-nano, la vie elle-même.

Le monopole de la vérité semble avoir rendu la science toute-puissante, comme il l’a fait avec l’État et son monopole historique de la violence.

Dans le passé, la science, l’Église et l’État se sont affrontés dans la lutte pour le pouvoir ou pour la division des pouvoirs. A présent, ce sont la science et la technologie qui déterminent et influencent la politique de l’État et les stratégies économiques, sociales et répressives : elles ne sont donc pas neutres.

Le capitalisme finance des armées de techniciens dédiés à la recherche et à la création de nouveaux produits et « ressources » uniquement gérables par des spécialistes, ainsi que des produits qui autrefois mis à la disposition des masses façonnent le monde qui nous entoure en devenant « indispensables » et parfois indestructibles, comme l’énergie nucléaire.

Ce processus est aussi rapide que la croissance de la technologie, et a restreint la liberté individuelle.

Les algorithmes qui décident des rythmes de la production, les grands data-serveurs de collecte de données, la géolocalisation, les applications nous réduisent à des sujets/objets de consommation. Si les restrictions de liberté mises en œuvre dans le passé par l’État et le capital ont pu provoquer une résistance farouche des exploités, cela n’arrive pas avec la science. Dans l’imaginaire collectif, elle reste neutre et, qui plus est, ses produits ont accru en Occident le confort et le bien-être de la plupart des gens. Face à ce bien-être, l’absence de liberté, l’exploitation des ressources, l’asservissement de populations entières, l’inhabitabilité de zones entières de la planète, les migrations dues à la guerre et au changement climatique, ne sont d’aucun intérêt.

Managers, chercheurs, technocrates et médias diffusent à l’unisson le message du « n’ayez pas peur des technologies », de l’intelligence artificielle et de tout ce qui touche aux innovations et automatisations qui s’imposent de toute façon.

Ne nous laissons pas distraire par le faux débat sur l’utilisation des outils dans la vie de tous les jours ou sur les divisions rhétoriques entre « bonnes » ou « mauvaises » technologies.

Le « Plan national de relance et de résilience » (1) prévoit de mettre en oeuvre une restructuration économique entre le capital, les entreprises, les start-ups technologiques et les géants de la haute technologie. Les capitalistes et le secteur industriel accueillent à bras ouverts l’injection de liquidités d’argent public et privé.
Le Recovery Fund  (2) est une autre mine d’or. Parmi ceux qui bénéficieront des capitaux liés à l’investissement figurent les « pôles d’excellence » de la recherche techno-scientifique, les universités, et l’Institut Italien de Technologie (ITT) de Gênes, afin qu’il puisse agrandir son technopole en y construisant un nouveau centre high-tech nommé « Énergie et Environnement », qui recevra environ 80 millions d’euros d’investissement initial.

En avril 2021, le Premier ministre italien Mario Draghi a annoncé la création d’un énième comité de techniciens et d’experts. Une « task force » qui s’occupera spécifiquement du Recovery Fund, en contournant et en accélérant les bureaucraties et tout problème éventuel concernant les autorisations, les contraintes et les concessions. Ils rattraperont par exemple ainsi le « retard » concernant le plan de numérisation et d’installation de la fibre optique sur tout le territoire italien.
Le 1er avril 2021 a été annoncé l’accord financier sur FiberCop, la société qui rassemble les deux plus importantes parties du réseau Internet italien. TIM s’occupera de la fourniture des dernières infrastructures qui vont jusqu’aux domiciles avec l’installation des « armoires » de rue, et le réseau national de fibre optique sera quant à lui développé par Flash Fiber (détenu à 80% par TIM et 20% par Fastweb). Pour accompagner ces deux grandes entreprises du marché de la numérisation, le fonds financier KKR Infrastructure a collaboré et versera 2 milliards d’euros à TIM (avec des actifs qui atteindront 7,8 milliards).

A propos des procédures qui seront accélérées, les gros chantiers de BTP, le stockage des déchets nucléaires, l’installation infinie d’antennes et de relais auront la voie toute tracée pour leur mise en œuvre : les champs électromagnétiques, les cancers, les radiations et la dévastation environnementale sont considérés comme des conséquences acceptables.

Avec un décret ad hoc reflétant la « nouvelle gestion » efficace du gouvernement Draghi, le soi-disant « modèle de Gênes » sera étendu, c’est-à-dire concrètement d’accorder des dérogations aux règles sur les contrats afin d’éviter l’arrêt des chantiers suite à tel ou tel problème, à telle ou telle autorisation non délivrée : soit un feu vert pour les businessmen du BTP, pour le clientélisme et la corruption.

Dans ce contexte, à Gênes même, le chantier de construction du viaduc autoroutier nommé « Gronda » redémarre, malgré le fait qu’il n’y ait même pas eu d’autorisations de chantier ni de concessions présumées pour les travaux. Ainsi Autostrade per l’Italia (les mêmes spéculateurs responsables de l’effondrement du pont Morandi) continuera à enrichir ses dirigeants meurtriers (3).

La gestion du Recovery Fund sera donc confiée à un comité interministériel de techniciens composé de l’ancien top manager de Vodafone Vittorio Colao (numérisation), Enrico Giovannini (infrastructures), Maria Cristina Messa (recherche), Roberto Cingolani (transition écologique). Les ministres auxquels la Commission européenne a confié directement les flux d’argent les plus importants sont Cingolani et Colao, qui pourront dépenser plus que tout autre ministère. La très réputée « transition écologique », parrainée par l’ex-directeur de l’IIT, remplira les poches et les comptes bancaires du « club des amis » de l’investissement et du développement techno-industriel.
La « transition écologique », si on sort de sa définition « verte », n’est pas une opération de sauvegarde du panda en voie de disparition ou de reboisement de la forêt amazonienne, mais une opération politique et économique visant encore et toujours à stimuler le système industriel et pas à l’éliminer ou à le remplacer par magie.

Dans toute transition économique, il y a toujours une classe dirigeante qui s’enrichit, dans ce cas cela arrivera grâce à l’accumulation d’une importante dette publique que les exploités devront rembourser demain, avec des conséquences dévastatrices évidemment sur les plus pauvres.

Alors que beaucoup sont suffisamment distraits par la presse pour parler de responsabilité, de sécurité, de masques, de vaccins, de normes comportementales et de sacrifices, il y a ceux qui continuent de s’enrichir.

Au cours de la dernière année, la pandémie virale de Covid-19 a encore accéléré le processus de technicisation de la société. L’État a abdiqué le pouvoir politique [sic], en accord avec le Comité scientifique et technique qui, sur la base de données et de chiffres, a contraint des millions de personnes à rentrer chez elles ; la mobilité n’était autorisée que si l’on participait au cycle de production. La production et la consommation étaient assurées, c’étaient les seules libertés consenties.

Cela doit nous faire réfléchir sur la façon dont les conditions d’exploitation dans lesquelles nous vivons dans le capitalisme ont fait coïncider une plus grande « liberté de mouvement » avec l’opportunité ou le besoin d’aller travailler. Une mobilité consentie, afin que le virus ne soit pas plus dangereux sur le lieu de travail qu’il ne l’est en marchant dans la rue ou en forêt, et devienne encore plus dangereux si vous faites grève en vous tenant debout dans la rue pour protester ou manifester.

La tendance à la numérisation, à la technicisation et à l’efficacité se poursuivra même après la fin de la pandémie. Ce dernier est un événement dont l’État, la science et la technologie ont su tirer le meilleur parti.

Face à cela, si les individus, les exploités, ne veulent pas se retrouver dans un avenir pas trop lointain à vivre dans un monde où ils seront écrasés par une « liberté » corrélée à l’utilité productive, il est nécessaire de combattre  sans même hésiter une seconde cette nouvelle transformation de la société.

Pour cette raison, la nuit du 19 juin 2021, nous avons détruit par le feu 5 armoires de data-servers et l’antenne de téléphonie mobile 5G du Pôle technologique Erzelli à Gênes, ainsi que le pylône à haute-tension adjacent de Terna.

Solidarité internationaliste et combattante avec les prisonniers de guerre sociale !
Lutte permanente contre l’État et le capital. Pour l’anarchie !

NdT
1. Le Piano di Ripresa e Resilienza (PNRR), du gouvernement italien est constitué des fonds européens lancés dans le cadre du plan NextGeneration UE, et se monte à 235,12 milliards d’euros pour ce pays, qui en est le premier bénéficiaire en Europe. Début mai 2021, une première enveloppe de 49,86 milliards d’euros vient d’en être attribuée par le gouvernement Draghi à la « Digitalizzazione, Innovazione, Competitività, Cultura
2. Le Recovery Fund est le plan de 750 milliards d’euros adopté à l’issue du Conseil européen du 17 au 21 juillet 2020, et dont 191,5 milliards sur six ans sont destinés à l’Italie (une partie en prêts et l’autre en subventions).
3.  Le 14 août 2018 à Gênes,  une longue portion du viaduc autoroutier Morandi, du nom de l’ingénieur qui l’a conçu dans les années 1960, se plie comme un château de cartes et entraîne dans sa chute des dizaines de véhicules, sous le regard effaré des habitants des immeubles situés en contrebas. Le bilan officiel est de 43 morts et une quinzaine de blessés. Le gestionnaire du viaduc était Autostrade per l’Italia, dont l’actionnaire principal est la famille Benetton, qui en a profité pour relancer la Gronda, sa nouvelle bretelle d’autoroute à Gênes longue de 72 kilomètres, composée de 23 tunnels et 13 nouveaux viaducs.