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[Radio] Carapatage #19 : contre les prisons, la répression et le contrôle

Épisode spécial de Carapatage !

Une émission « spéciale », avec des brèves dont un retour sur le procès aux assises de personnes arrêté suite aux émeutes de beaumont sur oise. Une discussion autour du film « Ils nous ont volé nos nuits », deux chroniques de livre, lecture d’un poème et de chansons !

Carapatage épisode 19 : émission spéciale !
Une émission « spéciale », avec des brèves dont un retour sur le procès aux assises de personnes arrêté suite aux émeutes de Beaumont-sur-Oise. Une discussion autour du film « Ils nous ont volé nos nuits », deux chroniques de livre, lecture d’un poème et de chansons !

Sommaire de l’émission :

  • Brèves
    • 00:02:25 : Retour sur la manif du 19/06 au Mesnil Amelot
    • 00:04:50 : Blog de chronique judiciaire : la Selette
    • 00:08:10 : Retour sur le procès des émeutiers de Beaumont
    • 00:25:27 : Chanson d’une attaque de constructeur de prison à Montreuil
    • 00:27:30 : Concerts de soutien aux inculpés du 8/12/20
    • 00:33:40 : Autour du documentaire « Ils nous ont volé nos nuit, Nos robaron las noches »
  • 00:51:05 : Chronique du livre de Kae Tempest, Inconditionnelles, editions l’Arche
  • 01:02:00 : Chronique du livre de Chloé Mehdi, Rien ne se perd, 2017, editions jigal
  • 01:17:00 : Lecture du poème « Ce qu’il reste – les restes » d’Assata Shakur, issu du recueil « Je transporte des mots, on les appelle des explosifs »
À propos de Carapatage :

Contre les prisons, la répression et le contrôle, à travers l’actualité de l’enfermement mais aussi son histoire, en racontant les luttes à l’intérieur et à l’extérieur, en échangeant ce qu’on a vu, lu et entendu.

Carapatage est contre les prisons et l’enfermement, les centres de rétention administrative, l’enfermement psychiatrique, les centres éducatifs fermés et l’enfermement des mineurs dans différents centres, le débordement de l’enfermement à l’extérieur par des dispositifs comme le bracelet électronique, le contrôle qui s’exerce dans les foyers de sans-papiers, de l’aide sociale à l’enfance ou à destination des femmes précaires.

La prison est l’aboutissement d’un système répressif et normatif, dans la continuité de la police et de la justice — auxquels on s’oppose aussi —, qui n’existe pas de façon neutre, qui ne s’exerce pas à n’importe quel endroit et sur n’importe qui, mais derrière lesquels il y a des intérêts capitalistes, racistes, néocoloniaux et patriarcaux, entre autres choses. La prison permet de forcer l’acceptation des normes et des lois : elle est la clé de voûte de l’exercice du pouvoir de l’État.

Site internet de l’émission : https://carapatage.noblogs.org
En direct tous les premiers et troisièmes mercredis du mois de 20h30 à 22h :

  • sur 89.4 FM en région parisienne
  • sur le site de Radio Libertaire
    Reprise des émissions en septembre !

Témoignages suite aux émeutes du CRA du Mesnil-Amelot

Dans la nuit entre mercredi 28 et jeudi 29 juillet, plusieurs prisonniers du CRA de Mesnil Amelot ont tenté de s’évader, alors que d’autres affrontez les keufs et montaient sur les toits des batiments du centre. Au moins 3 personnes sont arrivées à s’évader !

Dans la nuit entre mercredi 28 et jeudi 29 juillet, plusieurs prisonniers du CRA de Mesnil Amelot ont tenté de s’évader, alors que d’autres affrontaient les keufs et montaient sur les toits des batiments du centre. Selon les prisonniers, 3 personnes ont réussi à s’évader !

Il parait que l’action a été bien coordonnée entre les retenus de plusieurs batiments du CRA 2 et du CRA 3, au point que les flics de la PAF ont paniqué et ont appelé des renforts de la BAC et des CRS. Vers une heure du matin, presque deux heures après le début de l’action, les keufs sont malheureseument arrivés à mater la révolte à coups de lacrymos, grenades de désencerclement et matraques. Mais ils n’ont pas pu attraper tous ceux qui s’étaient enfuis : courage aux évadés et à toustes les autres !

Après les tabassages de la nuit, la répression a continué hier (jeudi) matin : fouilles dans tous les batiments, impossible d’avoir un café ou un truc à bouffer, coups de pression. Plusieurs retenus ont été mis en isolement ou transférés dans le batiment des femmes.

Hier soir, ils ont été transférés dans le CRA de Vincennes (3 personnes) et dans le CRA de Palaiseau. Parmi eux, des personnes qui ont été pas mal tabassées pendant la révolte. Certains voulaient porter plainte contre les flics…

Voici le témoignage de prisonniers de Mesnil Amelot à propos de la répression qui a suivi la révolte :

« Tu connais le jeu vidéo « Call of duty » ? C’était pareil. J’étais dans une chambre tranquil’ et d’un coup j’ai vu des flics courir dans les couloirs. Ils ont commencé à arroser tout le monde. Flash ball, grenades de désencerclement, lacrymo… ils ont balancé au moins une cinquantaine de projectiles. On a tout ramassé. On a un sac rempli ! Ils tiraient de loin, de derrière les barrières. J’ai un vieux là, il a plus de 50 ans, qui s’est pris un projectile dans la figure. Et quand ils ont fini de nous allumer, alors les CRS et d’autres flics sont intervenus. Ils nous ont forcé à sortir dehors les mains en l’air, tout en nous insultant. Ils ont fouillé les bâtiments, puis les CRS sont restés toute la nuit devant les grilles. Les flics ils ont le sum’ contre nous. Ca les a véner. Pourtant ils ont pris que quelques bouteilles d’eau dans la gueule, c’est pas méchant vu tout ce qu’ils nous ont envoyé. Et c’est rien vu comment on est traité ici. C’est crade, c’est humide, c’est mal aéré, c’est tellement dégueu qu’on tombe malade. Donc c’est normal que la situation soit tendue. »

Copain du CRA2 :

« Hier l’info a tourné qu’une action collective allait avoir lieu, les mecs du CRA 3 se sont préparés, vers les coups de 22h30 ils ont commencé à jeter des draps sur les barbelés et à crier.

Nous on a vu qu’au CRA3 ça commençait donc on a crié aussi. Des gens des deux CRA ont sauté sur le toit, il y avait beaucoup de monde sur le toit.
En bas, on a essayé de bloquer les flics en leur jetant des trucs dessus, en gueulant. 2 mecs ont réussi à sauter de l’autre côté mais les autres ont pas réussi, c’était galère en vrai, au fur et à mesure beaucoup de flics sont venus, les mecs étaient encore sur le toit, les CRS sont venus en renfort, ils ont jeté des lacrymo et des grenades partout pour nous faire fuir. Mais les flics sont pas montés sur le toit juste ils tiraient sur les mecs là haut.
Nous on était nous dans la cour, c’était le bordel
Des renforts sont venus, je pense il y avait au moins 100 flics en tout, ils nous ont alignés et ont contrôlé les cartes de tout le monde, ils se sont rendu compte de qui manquait et que certains étaient partis

Y avait des flics partout, y en a ils étaient dehors d’autres ils étaient dedans, pas mal de gens se sont blessés sur les barbelés, y a un mec qui est tombé du toit, mais il est pas trop blessé et lui ils l’ont attrapé.
Apès je voyais pas tout a cause des gaz, y avait v’la les flics mais on était aveuglés, ça tirait dans tous les sens
Après ils ont tout fouillé, dans chaque cellule, pour chercher les mecs. Certains sont redescendus du toit dans le bloc.
Les CRS sont partis vers 1h. On est tous rentrés dans les cellules.

J’ai vu des gars se faire frapper par des flics, à la matraque. »

  • Y a des gens qui sont partis à l’hopital ?

« Ca je sais pas, aujourd’hui j’ai vu un mec qui boitait, franchement ils ont été tellement violents »

  • Et là aujourd’hui il se passe quoi ?

« Maintenant ils nous font la misère pour se venger.
On peut plus avoir de bouffe en visite, aujd ils ont fermé à 19h. Ils sont venus ce matin pour fouiller et compter les gens
On pouvait pas acheter des trucs les machines étaient bloquées »

  • Vous avez un peu discuté aujourd’hui ?

« Y a des mecs qui sont pas d’accord avec l’action, parce que y en a qui ont rien a perdre, malheureusement on a pas tous la même situation ici.
Franchement c’était chaud, c’était comme un film j’te jure
Ca fait quelques temps que y a bcp de gens qui essayent de s’évader, parce que c’est ghetto ici t’as vu. Ils amènent pleins de nouveaux tous les jours, encore aujourd’hui ils ont ramené des nouveaux.
En vrai c’est normal que ca pète. »

Autre copain du CRA2 :

« Ce qu’il s’est passé c’était le bordel j’te jure comme a dit mon pote.
Après on a du dormir dans les cellules pleines de gaz, y avait des gars qui arrivaient même pas à respirer.

Là aujourd’hui ils nous font trop chier. Ils veulent se venger contre tout le monde pour nous faire payer le prix de la liberté.

Je crois que 7 ou 8 personnes se sont fait attraper, y en a un qui s’est fait salement tabasser à l’isolement, Y avait une voiture qui était garée devant l’isolement et qui le surveillait dans le batiment des femmes.
Ils ont même pas accepté que je lui passe une cigarette t’imagines. C’est pas la solution de les priver encore plus de liberté.

Franchement ici ca va pas, ca devient de pire en pire, chaque fois tu vois des nouveaux visages, des nouveaux systèmes, ils te laissent pas te reposer, même quand on est calmes, dans la cellule, ils viennent nous faire chier, nous fouiller, on est jamais tranquilles ici c’est du harcèlement. Eux même ils font en sorte de te faire péter un plomb, mais ils nous empêchent de nous défendre.

Aujourd’hui ils ont ramené au moins 5 personnes.
Ils en ont mis 3 en isolement. Celui qui s’est fait tabasser j’ai plus de nouvelles, son téléphone est éteint.
On dirait qu’ils ont tourné un film hier, j’te jure si on avait eu des caméras on aurait fait un film.
Les gens qui ont été le plus frappés ils les ont transférés pour leur éviter de porter plainte. »

Copain du CRA3 :

« On a voulu monter en haut, pour demander nos droits, voir nos enfants, demander la liberté, ils nous ont gazés, ils nous ont frappé, mais y a pas de changement.

Ils sont en train de se venger.

Moi je suis allé à l’hopital, ils m’ont filé une ordonnance, mais en arrivant au CRA ils ont refusé de me donnerles médicaments prescrits.
J’ai le diabète, ils veulent pas me donner mon traitement, même en prison j’avais accès à mon traitement la ils m’ont même pas laissé ma machine à insuline.

Y a un gars qui a déposé plainte contre les flics, et ils les ont transférés direct – franchement ils étaient pleins de bleus. Ils ont transféré ceux qui avaient été le plus frappés hier et qui voulaient porter plainte. Ils effacent les traces tu vois.
Mais ici c’est n’importe quoi.
Y a pas de lumière aux toilettes, c’est un truc de fou, on peut même pas acheter d’eau, on boit l’eau du robinet alors que moi j’ai des problèmes de reins, y a rien qui va ici.

Moi je suis en France depuis 40 ans mais je les connais, je me fais pas d’illusions. J’ai déjà été expulsé en 2006, j’avais ma carte de séjour dans la poche. C’était après les émeutes de banlieue, ils arrêtaient tous les noirs et arabes, ils m’ont mis a Vincennes, j’avais ma carte de 10 ans, j’ai fais un recours mais le lendemain ils m’ont mis du scotch et bim dans l’avion.
J’ai toute ma famille ici, je devrais pas être ici, j’ai eu 2 fois des cartes de 10 ans, c’est même pas légal que je sois sans papier maintenant, parce qu’en taule ils m’ont pas laissé renouveler mon titre et maintenant je suis ici.

Mais. Ca va pas se passer comme ca, on va continuer à lutter et faire des manifestations. »

Après la révolte et le gros incendie de janvier 2021, les luttes dans le CRA plus grand de France n’ont pas arretées. En mars, grève de la faim et refus collectif de rentrer dans les cellules. En juin, à l’occasion d’une manif contre les CRA, les prisonniers à l’intérieur répondent avec force et lancent une grève de la fraim. Et encore, les résistances individuelles n’ont jamais arreté et les refus de test pour empecher l’expulsion continuent, malgré la criminalisation et les menaces des flics.

Ces dernières semaines, l’administration du CRA avait commencé à installer des clotures encore plus hautes entre les batiments du centre [un témoignage suivra bientot]. Mais la répression, les violences policières et des murs de plus en plus hauts n’ont pas pu empecher la révolte et l’évasion.

Solidarité avec les prisonniers-ères

Force aux evadés
A bas les cra !

Contre la construction de prisons pour étranger.e.s, le 19 juin 2021, on marche sur le Mesnil-Amelot !

Écrit conjointement par des personnes avec et sans papiers, voici un appel à manifestation pour lutter contre la création de nouveaux centres de rétention administrative (CRA), en particulier au Mesnil-Amelot. Nous marcherons jusqu’au lieu choisi pour le nouveau CRA en passant par le centre de rétention actuel pour montrer notre soutien aux personnes enfermées.

L’État français ne cesse de durcir la répression envers les migrant.es. Le projet gouvernemental de construire des nouveaux Centres de Rétention Administrative (CRA) est la volonté manifeste de s’en prendre toujours plus aux libertés de circulation et d’installation. Trois nouveaux Centres de Rétention sont en projet : à Lyon, à Bordeaux et à Olivet (près d’Orléans), et deux extensions vont avoir lieu à Coquelles (près de Calais) et Lesquin (près de Lille). En tout, le gouvernement vise 800 places supplémentaires en rétention en 2023 par rapport à 2018, soit 60 % de plus !
En plus de ça, un nouveau projet vise à construire un autre CRA de 64 places au Mesnil-Amelot, à côté de l’aéroport de Roissy. Tous ces projets témoignent de la volonté d’enfermer toujours plus de personnes.

 En 20 ans, le nombre de places en Centre de Rétention a doublé : en 2019, 54000 personnes y ont été enfermées. La loi asile et immigration de 2018 permet d’enfermer les personnes jusqu’à 3 mois. Les contrôles de police et les mesures d’éloignement se multiplient. La répression aux frontières, et l’augmentation de l’enfermement et des expulsions ont un impact concret dans la vie des personnes sans-papiers. Les Interdictions de Retour sur le Territoire Français (IRTF) visent à faire de nous des sans-papiers à vie.

Alors que la crise sanitaire dure depuis plus d’un an désormais, l’État français continue de maintenir la machine à déporter des vies humaines. Retenues dans des conditions indignes, les personnes sont de plus en plus réprimées dans ces centres. Pour expulser, les tests sont généralement obligatoires : les personnes qui refusent de s’y soumettre prennent souvent des peines de prison ferme ou sont renvoyées au CRA pour une nouvelle période de 90 jours.

Nous marcherons aussi en solidarité avec les prisonnier.e.s des CRA qui se révoltent. Dans tous les CRA de France, des grèves de la faim s’organisent régulièrement et la solidarité à l’intérieur est la seule arme face aux conditions de rétention infectes, aux violences policières, à l’absence de soin, à la nourriture dégueulasse (et parfois périmée), à l’eau froide pour la douche, etc. Au Mesnil-Amelot, en janvier, des prisonniers ont mis le feu à une partie du CRA 3 et ont pris des peines de prison ferme pour ça : nous marcherons aussi pour eux !

Nous manifestons pour la fermeture de tous les Centres de Rétention.
Nous manifestons pour la fin des reconduites à la frontière.
Nous manifestons pour la régularisation de toutes et tous.
Nous manifestons pour la dignité et la liberté de circulation et d’installation.

Rendez-vous le Samedi 19 Juin 2021 à 15h à l’arrêt de RER B Aéroport Charles-de-Gaulle 1, sortie Gare routière
Départ collectif une heure avant (14h) du RER B Gare du Nord

abaslescra.noblogs.org
CSP-Montreuil
Gilets Noirs

Les tracts et affiches sont disponibles ici.
Collez, faites circuler, diffez et venez !

L’État construit des CRA et des prisons, détruisons-les !

L’État poursuit ses objectifs racistes de traque, d’enfermement et de déportation des personnes qui n’ont pas les bons papiers. Nous avons récemment appris l’existence d’un projet d’agrandissement du CRA du Mesnil-Amelot, pour 2025. Soixante-quatre nouvelles places seront créées sur un autre site !

L’État poursuit ses objectifs racistes de traque, d’enfermement et de déportation des personnes qui n’ont pas les bons papiers : après les nouvelles extensions des CRA de Coquelles (Calais) et de Lesquin (Lille) et les projets de création de nouveaux CRA à Lyon-Saint-Exupéry (un 2e à côté de celui déjà existant), à Olivet (à côté d’Orléans) et à Bordeaux.
C’est tout récemment que nous avons appris l’existence d’un projet d’agrandissement du CRA du Mesnil-Amelot, pour 2025. Soixante-quatre nouvelles places seront créées sur un autre site, à quelques minutes en voiture du CRA existant.

Actuellement, le CRA du Mesnil-Amelot est situé au 6, Rue de Paris, 77990 Le Mesnil-Amelot. Il est constitué de 240 places (120 dans la CRA 2 et 120 dans le CRA 3) et a enfermé 3684 personnes en 2019. Le CRA a pour voisinage direct l‘annexe judiciaire du Mesnil-Amelot, qui sert à juger les personnes enfermées (JLD), un cantonnement de CRS et le bruit continu des avions qui décollent et atterrissent sur les pistes à quelques centaines de mètres de là : on voit clair dans la volonté de l’État d’optimiser son industrie de la déportation.

Le mot d’ordre : enfermer toujours plus et toujours plus longtemps. D’un seul CRA en 1999, on est passé aujourd’hui à 25 CRA en France et dans les colonies et le nombre de places a doublé en 15 ans (passant de 1000 places en 2004 à presque 2000 aujourd’hui). Depuis 2018 et la Loi Asile et Immigration, la durée de rétention a doublé, passant de 45 à 90 jours. Cet allongement de la rétention implique nécessairement une augmentation du nombre de places et la construction de nouveaux CRA.
La dimension punitive et coercitive de la rétention n’échappe plus à personne. La collaboration entre taule et CRA se renforce elle aussi, visant à punir d’autant plus les « mauvais » étrangers. Et dans la même lancée liberticide, ce sont aussi 15000 nouvelles places en taule qui vont être construites sur huit sites sur tout le territoire national. L’enfermement a le vent en poupe !

Les informations qui émanent de la presse bourgeoise et pro-flic, cela va sans dire, sont très vagues et le ministère de l’Intérieur continue son enfumage : « la perspective [est] encore assez lointaine pour [ce] CRA, nous n’avons pas d’éléments à communiquer à ce stade. ». Pourtant, toutes les données concernant ce projet dégueulasse sont publiques et accessibles dans le dossier de l’appel à projet. On y apprend que l’extension se situera au 1, Rue du Périchet, 77990 Le Mesnil-Amelot (49.01572, 2.58369) dans deux bâtiments mitoyens pour une surface totale de 1725m² et 55 cellules. Il s’agit d’un ancien cantonnement des brigades mobiles de gendarmerie en charge de la gestion de l’ancien CRA (n°1) du Mesnil-Amelot, dont la construction date de 1995. Actuellement, le bâtiment est utilisé pour l’hébergement des militaires de l’opération sentinelle intervenant sur la zone aéroportuaire de Roissy.

Le coût prévisionnel du projet est de 4,9 millions d’euros pour une durée de 3 ans et 2 mois. Comme l’a dit Darmanin : « On a l’argent pour construire des CRA ». À l’heure actuelle, nous ne savons pas quelles entreprises remporteront le marché public puisqu’elles ont jusqu’au 03/05/2021 pour candidater.

Ce projet d’extension est partiellement financé par le FAMI (Fonds Asile Migration et Intégration de l’Union Européenne). Derrière ce nom se cache notamment le volet sobrement appelé « retour ». Dans

celui-ci, l’un des objectifs nationaux stipule que 51,1 millions d’euros ont été consacrés, sur la période 2014-2020, aux mesures accompagnant les expulsions et notamment les « mesures en faveur des retenus dans les centres de rétention administratives (travaux, formation des personnels dans les CRA, accompagnement des retenus, interprétariat) » — Ouais, on a tou.te.s bien lu, c’est écrit « en faveur »… — Ce discours hypocrite autour de l’amélioration des conditions de vie en CRA est tout autant à gerber que la nourriture servie à l’intérieur.

Comme dans tous les projets de marchés publics depuis quelques années, il apparaît une clause sociale, qui impose aux futures boîtes collabo d’engager un ou plusieurs jeunes décrocheurs, de 16 à 25 ans. De fait, un lieu broyeur de vies devient instantanément le parfait outil de raccrochage et d’intégration sociale des jeunes par le travail — Construire une taule, voilà un bel avenir !

Les documents sont disponibles ici au format PDF :

Présentation du site PERICHET

Dossier du marché public

Dès que nous connaîtrons les noms des boîtes, nous les publierons — Parce qu’on est vraiment sympa !

Soutien au prisonnier.e.s !
À bas l’enfermement ! Liberté de circulation pour tou.te.s !
À bas les CRA !

Il est toujours bon de rappeler que n’importe qui peut discuter avec les prisonnier.e.s en appelant les cabines des CRA. Nombre de témoignages sont déjà sortis des CRA mais combien d’autres ne l’ont pu ? Vous trouverez plus d’informations ici : https://abaslescra.noblogs.org/appeler-les-retenu-e-s-numeros-des-cabines-en-cra/.

Contre le plan prison, projection du film « le déménagement »

Contre les constructions de nouvelles prisons, projection du film « le déménagement », samedi 8 mai de 16h à 20h au squat le marbré, 39 rue des deux communes à Montreuil.

« 15 000 nouvelles places pour 2027 », voilà l’enième plan de construction massive de prisons annoncée par l’État depuisquelques années. Plusieurs chantiers sont déjà lancés, certains sont en préparation tandis que d’autres n’ont pas encore de sites prévus.

Chaque nouveau plan est justifié par un souci d’amélioration des « conditions de détention ». On invoque encore une fois la volonté de tendre vers l’objectif d’un-e prisonnier-e par cellule. Pourtant la même histoire se répète toujours, les nouvelles cages seront rapidement remplies et « surpeuplées ». Mais même si cela se réalisait, serait-ce pour autant souhaitable ? Être enfermé-e demeure une condition insupportable peu importe la taille ou le confort de la cellule. Par contre il s’agit bien de perfectionner la gestion et le contrôle des prisonnier-e-s avec le choix des sites, l’architecture des bâtiments et les moyens techniques pour limiter les évasions, les révoltes et les communications avec l’extérieur.

Le film « Le déménagement », réalisé en 2011 par Catherine Réchard, aborde le déménagement de la vieille prison Jacques-Cartier en centre ville de Rennes jusqu’à la commune périphérique de Vezin-le-Coquet, dans un établissement fraîchement construit au milieu de rien. Les interviews de détenus réalisés avant et après le transfert mettent le doigt sur l’ambivalence posée par le passage d’une prison vétuste à une prison moderne. On y voit l’espoir d’une amélioration du confort quotidien contrecarré par une réalité de contrôle et d’isolement exacerbés.

La projection de ce film sera l’occasion de discuter de l’enfermement, des changements qui s’opèrent au fil des nouvelles constructions et réformes de la justice ainsi que des perspectives de luttes contre les projets en cours.

À vous y voir !

[Tract] Contre la construction d’une nouvelle prison en Seine-Saint-Denis (et partout ailleurs…)

Plusieurs taules sont prévues en Île‐de-France dont une maison d’arrêt à Tremblay‐en‐France, en Seine‐Saint‐Denis. Et ce, à côté de l’actuelle prison de Villepinte qui compte déja 600 places.

Chaque dizaine d’années, l’État décide de construire des prisons. Le dernier plan prévoit 15000 nouvelles cellules. Plusieurs taules sont prévues en Ile‐de-France dont une maison d’arrêt à Tremblay‐en‐France, en Seine‐Saint‐Denis. Et ce, à côté de l’actuelle prison de Villepinte qui compte déja 600 places.

Les études préalables ont été effectuées, l’appel d’offres a été lancé, les travaux devraient débuter en 2022, pour 700 nouvelles places en 2025.
Une nouvelle prison ce n’est pas pour enlever des matelas au sol de l’ancienne, c’est pour enfermer plus. À Tremblay, comme pour les autres projets futurs ou en cours.

Dire que l’on est contre la prison, ce n’est pas toujours compréhensible. La prison c’est pourtant la menace permanente et réelle face à ceux et celles qui se révoltent ou qui sont dans les galères du quotidien. C’est pourquoi, à travers ces lignes, on veut tenter de voir comment lutter contre les constructions de nouvelles prisons.

CONSTRUIRE POUR ENFERMER TOUJOURS PLUS

L’image des prisonnier-e-s entassé-e-s les un-e-s sur les autres dans 9m2 est tout le temps utilisée pour justifier la construction d’une nouvelle prison. La future maison d’arrêt de Seine-Saint-Denis ne fait pas exception à la règle. Déjà en 1991 lorsque la prison actuelle de Villepinte a été mise en service, le « programme des 13000 » places dans lequel elle s’inscrivait visait officiellement à limiter la surpopulation carcérale. Intéressant de noter que 5 ans plus tard la taule était déjà occupée à 116%. Aujourd’hui elle enferme plus d’un millier de personnes pour environ 600 places et cette situation désastreuse sert de prétexte à la construction d’un énième lieu d’enfermement. L’histoire nous apprend que les nouvelles prisons servent à enfermer toujours plus de monde et non pas à vider celles existantes.

Les considérations des constructeurs de taules sont en effet bien éloignées de la question du bien-être des détenu-e-s, contrairement à ce que laissent entendre les discours d’État. La modernisation des prisons ne vise pas à améliorer les conditions de détention mais à faciliter la gestion carcérale notamment en limitant les possibilités de révoltes et d’évasions. Les prisons sont équipées de toujours plus de technologies de contrôle : grilles resserrées aux fenêtres, murs anti‐bruits, caméras, brouilleurs d’ondes…
Chaque espace est sous surveillance dans un souci de limiter au maximum les contacts entre les détenu-e-s et avec l’extérieur, ce qui renforce l’isolement et l’emprise de l’administration pénitentiaire (AP).

La multiplication de divers degrés d’enfermement du plus sécuritaire au plus permissif constitue un système de la carotte et du bâton pour limiter les vélléités de révolte et briser les solidarités en incitant à une forme de compétition entre prisonnier-e-s. Par exemple dans le module « Respect », mis en place en 2016 dans la prison de Villepinte, les détenus sélectionnés par l’AP ont les clefs de leurs cellules. En contrepartie ils doivent suivre un programme de 25h par semaine (qui comprend entre autre des cours sur les « valeurs de la République ») et sont évalués en permanence, avec la menace de retourner en régime portes fermées au premier incident.

En parallèle des plans de constructions de prisons, le pouvoir met toujours en avant des mesures plus humanistes pour faire passer la pillule sécuritaire.
L’accent est mis par exemple sur la réinsertion, avec la mise en place de nouveaux lieux d’enfermement, les structures d’accompagnement vers la sortie (SAS) qui sont sensées permettre d’orienter les prisonnier-e-s en fin de peine vers le monde du travail. La « réinsertion » se traduit généralement dans la réalité par garder sous main de justice des personnes qui ont fini de tirer leur peine, avec bien souvent le chantage du travail.
Les peines « alternatives » sont également à l’honneur avec l’ouverture des travaux d’intérêt général (TIG) aux entreprises ou la possibilité pour les juges de condamner directement au bracelet électronique. Là encore ça constitue une extension du contrôle, vu que les peines « alternatives » permettent surtout de punir dans des situations qui n’auraient pas abouti à une incarcération.

Par le développement en parallèle des prisons et de la surveillance hors les murs l’État s’offre les moyens de contrôler une partie toujours plus grande de la population.

ON NE VEUT NI UN ENFERMEMENT DIFFÉRENT, NI DES PUNITIONS DIFFÉRENTES.

On ne veut pas que le projet d’extension de la taule de Villepinte se concrétise car on refuse qu’un lieu d’enfermement de plus ne s’ajoute à ce monde de contrôle et de punition que l’on n’a pas choisi.
On a envie que toutes les taules soient détruites, et la justice qui va avec, parce qu’on a des désirs de liberté loin des logiques de pouvoir et de domination de l’État. Ce dernier développe toujours plus ses moyens de répression (plan prison, loi sécurité globale, etc.) qui nous maintiennent dans un environnement quadrillé. Ceci notamment dans le but qu’on reste sagement dans les rôles étriqués que l’État, le capitalisme et les autres structures de pouvoir nous imposent.

Les taules sont des lieux de souffrances, où des gens sont enfermés entre quatre murs, souvent dans des conditions dégueulasses, subissant la violence et le bon vouloir des maton-ne-s. Elles sont de plus en plus construites loin de nos yeux en périphérie des villes, contribuant à isoler les prisonnier-e-s de leurs proches et du monde. L’existence
des taules va de pair avec le boulot quotidien des juges, flics et autres pourritures exécutant la justice et le maintien de l’ordre établi qu’on veut voir disparaître. Elle repose sur le besoin de punition, de contrôle et de menace des personnes pauvres et de toutes celles qui dérangent.

Et quand bien même la justice vise parfois des problèmes auxquels on fait face, qui nous font du mal directement, la punition n’a jamais fait disparaître les mécanismes pourris produits par un monde de dominations (culture du viol, harcèlement au travail, etc.). Au final, elle ne fait que maintenir des logiques de pouvoir et nous dépossède de nos propres moyens de gérer les conflits.

La justice, souvent loin de « protéger » les gens, sert avant tout les intérêts des puissant-e-s (continuer à se faire de la thune, maintenir leur pouvoir, etc.). Les lois édictées par ces dernier‐e-s pour ces dernier‐e-s, nous sont imposées sans qu’on ait prise dessus. On ne veut ni un enfermement différent, ni des punitions différentes.

TRRRREMBLAY CONSTRUCTEURS DE PRISONS !

Quand un nouveau projet de prison voit le jour, c’est une occasion de s’opposer au système carcéral et à son extension. Faire en sorte qu’une prison ne se fasse pas, ce sont autant de cellules qu’on n’aura pas à détruire.

On entend souvent que c’est peine perdue de vouloir s’opposer à la « volonté » de l’État, ou qu’il existe des moyens démocratiques pour donner son avis. Mais nous savons bien que suivre les règles de l’État ne fait que renforcer sa légitimité et nous empêche d’agir directement par nous-mêmes contre ce qui nous opprime. L’État intègre parfois à ce genre de projet des étapes de « participation citoyenne » dans un souci d’acceptabilité. Personne n’est dupe que durant les enquêtes publiques ou autres débats démocratiques, il n’est jamais question du projet en soi ni des logiques qui vont avec. Ce qui n’est pas une raison pour ne pas y participer à sa manière. Certaines l’ont d’ailleurs fait en allant perturber la réunion publique de présentation du projet à Villepinte en septembre 2020. En octobre, d’autres ont redécoré la mairie de cette même ville de
tags hostiles à la prison et saboté ses serrures avant une permanence de Marie-Claire EUSTACHE, chargée de mener l’enquête publique. Celle-ci est close depuis octobre 2020 et la publication de ses résultats permettra la « déclaration d’utilité publique » nécessaire pour procéder à l’expropriation des terrains où est prévue la construction. Une simple formalité car l’appel d’offres pour la conception et la réalisation a été lancé avant même le début de l’enquête. Il y aura sans doute d’autres moments pour venir jouer les trouble-fêtes !

La construction d’une prison révèle tout un pan de ce qui est nécessaire à son existence. En effet, un lieu d’enfermement ne sort pas de nulle part, il ne peut voir le jour que par le travail d’un ensemble de personnes et d’entreprises. Certaines sont déjà connues pour avoir menéles études d’impact du projet (Egis, Technosol, Even conseil, CDVIA, B&L
évolution, cabinet Earth avocats). D’autres vont bientôt être choisies pour la conception et la construction, peut-être parmi les entreprises du BTP comme Bouygues, Eiffage ou Vinci qui continuent de construire de nombreux lieux d’enfermement. À cela s’ajoutent celles qui fourniront les éléments spécifiques comme les portes, les serrures, les barreaux, les meubles, les barbelés, les systèmes de surveillance et de brouilleurs d’ondes, etc. Avant le début du chantier, il est possible de saboter la machine qui se met en branle. Car ces entreprises ont des bureaux, des lieux de productions, des entrepôts, des véhicules, ainsi que du matériel, des données informatiques et du personnel circulant entre ces différents sites. Autant de cibles disséminées sur le territoire qui offrent des prises concrètes et accessibles pour enrayer le processus de construction.

Par la lutte contre de nouvelles prisons on entend aussi s’attaquer à celles existantes. Cela peut passer par prolonger à l’extérieur les révoltes individuelles ou collectives qui se produisent régulièrement à l’intérieur. Quelle que soit l’étanchéité des murs, il y aura toujours des brêches pour déjouer les moyens de contrôle et maintenir une communication entre le dedans et le dehors.

Cela peut également passer par s’attaquer à tout ce qui travaille à l’existence de la prison. À bien y regarder, la prison ne se résume pas à quatre murs protégés par des gardes armés. Des universités où est théorisée la nécessité de l’enfermement et de son perfectionnement, aux écoles pour matons ou éducateurs en passant par les médias qui diffusent le discours sécuritaire et les entreprises qui assurent le nettoyage et le ravitaillement des prisons, la taule s’appuie sur le travail de tout un tas de gens à l’extérieur. Elle repose aussi sur les entreprises qui profitent des peines dites alternatives et sur les infrastructures technologiques qui permettent le contrôle hors les murs.

Peu importe par quel bout on s’y prend, il y a toujours moyen d’agir !

mars 2021

Version PDF du tract

Pour nous contacter : nilaniailleurs[at]riseup.net

Communiqué du journal L’Envolée suite à la censure du n°52 dans les prisons françaises.

Le 4 janvier dernier, par une « note de la direction » placardée dans toutes les prisons, l’administration pénitentiaire (AP) a interdit la diffusion du n° 52 du journal L’Envolée aux prisonnier·e·s abonné·e·s ; en même temps, elle a porté plainte pour diffamation et injure. Depuis vingt ans, L’Envolée soutient que les prisonniers, les prisonnières et leurs proches sont les mieux placés pour énoncer quelques vérités sur la prison. À travers cette censure et cette plainte, il s’agit de réduire au silence cet espace de libre expression, d’information et d’élaboration collective d’une critique de la prison.

https://lenvolee.net/y-a-que-la-verite-qui-blesse/

L’Envolée publie des textes et des lettres qui décrivent le quotidien carcéral, dénoncent les conditions de détention et luttent contre l’enfermement. Notre journal est un porte-voix pour celles et ceux qui ont été mis au ban de l’humanité ; en effet, aucune parole de prisonnier·e·s ne peut être rendue publique hors du contrôle de l’administration pénitentiaire : conversations téléphoniques et parloirs peuvent être écoutés ; les courriers sont lus systématiquement et les passages « dérangeants » censurés. De plus, pour trop de gens à l’extérieur, toute parole sortie des prisons est forcément une parole infâme, toujours suspecte d’exagération ou de mensonge.

Les pages mises en cause par l’AP reviennent sur plusieurs morts en détention.

Le 9 septembre 2020, Idir est mort au quartier disciplinaire de Lyon-Corbas – deux semaines avant sa sortie. L’AP affirme qu’il s’est pendu mais sa famille et ses proches ne croient pas à cette version, qui est aussi mise en doute par des témoignages de prisonniers.

Le 14 avril 2018, Jaouad a trouvé la mort au quartier disciplinaire de la maison d’arrêt de Toulouse-Seysses. Ses voisins de cellule ont immédiatement dénoncé un « meurtre maquillé en suicide » et mis en cause une équipe de matons violents, qu’ils appelaient « l’escadron de la mort ».

Il est aussi question de la mort « suspecte » de Sambaly à Saint-Martin-de-Ré en 2016, et de Jean-Christophe Merlet, un prisonnier handicapé à vie après avoir été roué de coups par une équipe de surveillants de cette prison.

C’est à l’administration pénitentiaire de prouver qu’aucun de ses agents n’humilie ni ne tabasse ceux dont elle a la garde.

Tous les trois jours en moyenne, l’administration pénitentiaire signale une nouvelle mort au sein de la population pénale. Administrativement, les prisonniers et les prisonnières sont « sous l’entière responsabilité de l’AP » ; il s’agit donc – a minima – de non-assistance à personne en danger. Quand une personne enfermée met fin à ses jours, c’est bel et bien la prison qui la tue, car le choc de l’enfermement, les conditions de vie inhumaines et la longueur des peines plongent certains prévenus et condamnés dans le désespoir.

Mais ceux et celles qui connaissent la réalité carcérale pour l’avoir éprouvée dans leur chair parlent parfois de « morts suspectes » à propos de certains suicides en prison. Des surveillants pénitentiaires humilient et tabassent à l’abri des hauts murs des prisons, particulièrement dans les quartiers disciplinaires (QD) et dans les quartiers d’isolement (QI) ; et trop souvent, des prisonniers meurent. Les prisonniers et les prisonnières savent ce qui les attend quand ils et elles dénoncent ces violences : intimidations et punitions implacables. Ils sont souvent mis au cachot, ou font l’objet d’un transfert disciplinaire, ou les deux.

Lorsque des proches ne croient pas à la version officielle après un décès en détention, l’AP et la justice invoquent tantôt des « problèmes de santé », tantôt une « consommation de stupéfiants », bien souvent des « troubles psychiatriques »… et presque toujours des « violences à l’encontre des surveillants ». Comme celle des prisonniers et prisonnières, la parole des familles est presque invariablement reçue avec méfiance ; quand ce n’est pas avec mépris.

Là où la parole est censurée ; là où les prisonniers sont punis s’ils dénoncent ce qui se passe ; là où les seules images disponibles sont celles de l’AP ; là où les proches ne sont pas entendus… ce serait à L’Envolée de prouver la réalité des violences pénitentiaires dont elle se fait l’écho ?

Eh bien non ! C’est à l’administration pénitentiaire de prouver qu’aucun de ses agents n’humilie ni ne tabasse ceux dont elle a la garde. Que ceux qui administrent la prison et ceux qui la défendent se chargent de démontrer qu’elle ne tue pas, que l’enfermement n’est pas indigne, que ce n’est pas une torture !

Le journal a déjà été poursuivi, notamment lorsque nous avons publié des lettres dénonçant les pratiques des Équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris, ces surveillants cagoulés mobilisés pour réprimer les mouvements de protestation à l’intérieur des prisons), et quand des prisonniers ont dénoncé la torture blanche des quartiers d’isolement (QI, qui ont remplacé les QHS – quartiers de haute sécurité de sinistre mémoire).

Comme chaque fois, nous ferons de la plainte à laquelle nous allons faire face une occasion de plus de faire entendre des récits et opinions sortis de ces lieux où une violence d’État s’exerce loin des regards. Puisque la prison reste un gigantesque angle mort de notre société, puisse la censure qui frappe aujourd’hui L’Envolée permettre à un plus grand nombre d’entendre enfin la voix des premier·e·s concerné·e·s !

L’Envolée, le 29 janvier 2021

Incendie au CRA du Mesnil-Amelot, révolte à Vincennes. Appel à Assemblée Publique

Ce mercredi 20 janvier les personnes enfermées dans les centres de rétention du Mesnil-Amelot et de Vincennes se sont révoltées, deux bâtiments ont brulé. Appel à une assemblée publique pour s’organiser en soutien le samedi 23 janvier à 15h !


Depuis plusieurs mois la situation dans les centres de rétention administrative (CRA, prisons pour sans-papiers) est encore plus pourrie que d’habitude.

Les centres sont blindés, tous les jours les prisonnièr.es risquent de tomber malades, et le suivi médical est inexistant. Il y a moins d’expulsions, mais il y a toujours des expulsions ! Si moins de personnes sont expulsées actuellement, c’est notamment grâce à des pratiques de résistance massive : pour être expulsé.e vers pas mal de pays, il faut faire un test covid, ce que les retenu.e.s refusent souvent.
Pour punir celleux qui n’acceptent pas de se faire tester, les flics les emmènent systématiquement en garde-à-vue, et les juges les condamnent souvent à des peines de prison. Il est aussi de plus en plus fréquent qu’une personne qui a passé 90 jours en rétention (le maximum légal) soit mise en GAV, condamnée à une nouvelle mesure d’éloignement, puis de nouveau placée en rétention : dans le CRA de Mesnil-Amelot, pas mal de prisonnier.e.s sont en train de redoubler leurs 90 jours. Six mois emprisonné.e.s dans une sale prison, pour ne pas avoir les « bons » papiers et pour refuser de se faire expulser !

Pour lutter contre tout ça, hier mercredi 20 janvier, les retenus du CRA3 de Mesnil-Amelot se sont révoltés. Deux bâtiments ont cramé, c’est énorme ! Les flics ont dû appeler les renforts, apparemment certains prisonniers ont été hospitalisés et une dizaine d’autres ont été interpellés.

Quelques heures plus tard, une révolte démarre dans le CRA de Vincennes aussi. Hier soir, les prisonniers du CRA1 ont découvert qu’au moins 4 personnes sont positives au covid, et ont décidé de protester contre les conditions sanitaires pourries et le fort risque de contagion. Pour ça, ils ont refusé collectivement de rentrer dans les cellules pendant presque deux heures, en résistant aux pressions des keufs. Voilà leur témoignage collectif, de mercredi soir.

On est enfermés au CRA de Vincennes

y’a plusieurs cas de Covid

la maladie est dans notre bâtiment

on sait pas comment faire on a besoin d’aide extérieure

l’extérieur doit voir ce qui se passe ici

parce qu’on est maltraités

on est en train de mourir tout doucement

on ne sait plus qui a le corona qui ne l’a pas

tout le monde est sorti dans la cour et on a fait du bruit

Y’a des flics partout, ils ont appelés les renforts

mais les flics ils évitent de nous approcher. Ils ont peur.

il faut qu’on ferme tous les centres !

Aujourd’hui, le jeudi 21 janvier une grêve de la faim a commencé à Vincennes, voici leur témoignage :

C’est suite aux multiples cas covid que nous avons eu hier (4 tout au long de la journée, plus 1 en soirée). Le fait de ne pas avoir eu d’explications, d’apaisement, de l’administration du CRA, c’est de la colère pour tous les retenus.

Dans l’idée on voudrait bien d’un dépistage massif mais en fait on a peur que ça facilite les éloignements pour l’administration.

On part donc plus sur une revendication de libérations !

On n’a pas de nouvelles des cas covid qui sont à l’isolement.

Pour la grève de la faim, on est majoritaires ! une seule personne n’a pas voulu suivre. Le réfectoire a ouvert à 12h, et là le mouvement est lancé, personne ne mange.

Il n’y aucune compassion de l’administration du CRA pour notre sort, elle ne cherche pas à savoir pourquoi il y a grève de la faim, pas d’explications, pas d’apaisement comme je disais, rien. Pas de compassion.

Les flics, les juges et les préfectures ont décidé que la vie des personnes sans-papiers ne vaut rien. Mais dans les CRA et à l’extérieur, les résistances contre un destin marqué par l’exploitation, l’enfermement et la menace constante d’expulsion sont en fait quotidiennes. Parfois, ces résistances prennent la forme de la révolte collective.

Soyons solidaires avec les prisonniers et les prisonnières qui se rebellent !
Pour soutenir les révoltes et pour continuer à lutter contre les centres de rétention, l’assemblée contre les CRA PARISIDF appelle à une RÉUNION PUBLIQUE :

SAMEDI 23 JANVIER, à 15H
à Mécasolid, au 161 rue Etienne Marcel, Montreuil – Metro Robespierre.

Destruction des CRA ! Liberté pour tou.te.s !

Action de soutien aux prisonnier.ère.s anarchistes italien.ne.s

Ce 14 décembre, en Italie, débute le procès des cinq anarchistes arrêté.e.s dans la cadre d’une énième opération répressive nommée Bialystock. Iels ont été interpellé.e.s le 12 juin dernier, avec la collaboration de la France et de l’Espagne sur demande du gouvernement italien, en pleine dérive autoritaire et lançant une grande campagne contre le mouvement anarchiste.

En effet, l’État italien poursuit des centaines de militant.e.s anarchistes dont les procès se succèdent depuis ce mois de septembre. À Saint-Étienne, l’opération Bialystock a un écho bien particulier, puisque notre camarade Roberto a été arrêté par la SDAT (Sous-Direction Anti-Terroriste) et détenu à la prison de Fresnes (Paris) avant d’être livré aux autorités italiennes.

Depuis 6 mois, ces militant.e.s sont en détention provisoire dans des quartiers de haute-surveillance. Afin de toujours plus les isoler, iels sont éparpillé.e.s dans différentes prisons et leur courrier, pour certain.e.s, est censuré.

Voilà encore un bel exemple de répression de la part d’un état dit « démocratique » mais qui, dans l’ombre, ne cesse de développer sa police politique. Une vague de répression qui touche de nouveau celles et ceux qui luttent de façon solidaire pour un avenir meilleur.

C’est dans ce contexte que des militant.e.s autonomes ont réalisé, devant le Consulat d’Italie à Lyon, une action de soutien pour dénoncer les agissements de l’État et de l'(in)justice italienne, et pour réclamer la libération de tous.tes les anarchistes persécuté.e.s !

LIBÉRATION TOTALE POUR TOUS.TES !
FREE ROBY !
À BAS TOUTES LES PRISONS !

Réunion mensuelle de la caisse de solidarité kaliméro

Kaliméro est une caisse de solidarité avec les prisonnier·ère·s de la guerre sociale en cours. La prochaine réunion mensuelle aura lieu jeudi 12 novembre, au Marbré, 39 Rue des deux communes à Montreuil à 19h.

La prison est un des rouages de ce système basé sur l’exploitation et la domination que nous voulons raser au sol, c’est pourquoi nous envoyons des mandats à celles et ceux accusé·e·s d’actes de révolte dont on est solidaires.

Une caisse de solidarité a besoin de continuité. Nous n’avons ni sponsor, ni mécène, aussi avons-nous convenu d’un rendez-vous par mois pour collecter des sous pour alimenter la caisse. Ces rencontres sont également l’occasion d’échanger sur nos pratiques face à la répression, d’assurer le suivi des différentes histoires et de discuter des situations qui se présentent. Elle est également un moment de discussion autour des possibles moyens d’esquive, de résistance et d’auto-organisation offensive contre la machine judiciaire et carcérale.

Dans un souci de régularité, ces rencarts ont été fixés le 2e jeudi de chaque mois à 19h. Suite à l’expulsion des Condos (où se déroulaient auparavant les réunions), nous nous retrouvons chaque mois dans un lieu différent.

La prochaine réunion de kalimero aura lieu le jeudi 12 novembre 2020 à 19h au Marbré, 39 Rue des deux communes à Montreuil.

Pour envoyer de l’argent, pour demander des informations, ou pour être tenu·e·s au courant des prochains rendez-vous de la caisse et être inscrit·e·s sur la mailing-list de Kaliméro, écrivez à kalimero(at)riseup.net

On peut (re)lire des textes d’appel à différentes initiatives de soutien à la caisse ayant lieu ces dernières années. Le dernier en date étant ici