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Pour un féminisme anti-carcéral

Le 30 mai 2021, différents collectifs appellent à une journée de mobilisation nationale pour en finir avec les quartiers de haute sécurité et d’isolement, avec le mitard, et plus globalement avec les lieux de privation de liberté tout court. L’occasion de nous rallier à cette proposition, et de rappeler de façon plus large qu’en opposition à une bonne partie du mouvement féministe en france, il existe un courant féministe, certes moins audible, qui se positionne radicalement contre la réponse répressive comme solution aux violences sexistes, racistes, sexuelles et de genre que nous subissons.

Rapide état des lieux : les conditions de détention ont encore empiré avec la crise sanitaire – et surtout sa gestion lamentable. La liste des suicides, réels ou maquillés, continue de s’allonger. Les faits de violence commis par les gardiens se poursuivent dans l’impunité et l’indifférence quasi-générale. La surpopulation rend littéralement impossible le respect des mesures barrières et l’accès aux soins et aux traitements quotidiens. Le lien avec l’extérieur est devenu encore plus ténu : moins de visites, annulation fréquente des parloirs ou visites derrière un panneau de plexiglas, rétention des colis et du courrier. Vous voyez ce que le confinement a fait à notre santé mentale ? Mettez-vous maintenant à la place des détenu·es et de leurs proches.
Pendant ce temps, le féminisme pro-carcéral continue de se faire le porte-parole d’un modèle répressif, se faisant l’écho et l’allié à la fois du gouvernement, mais aussi de toustes celleux qui veulent expulser les migrant·es (ou les laisser mourir dans la Méditerranée), criminaliser les TDS* (et leurs clients, sauf quand ils sont blancs, riches et occupent une position sociale privilégiée), supprimer les aides sociales, interdire les organisations en non-mixité choisie et le port du voile, appliquer la double peine*, réprimer les manifestant·es, interdire la PMA pour toustes, etc etc.
Dans une belle union réactionnaire et moralisatrice tout autant qu’infantilisante, réclamant toujours plus de prisons et plus de condamnations, il fournit clé en main une caution féministe parfois radicale au service d’une justice de classe (on enferme majoritairement les pauvrEs), une justice raciste (les personnes non-blanches sont beaucoup plus condamnées, sans parler des étranger·es), d’une justice cisnormative (les personnes trans sont le plus souvent détenues selon leur genre d’assignation, et non pas celui dans lequel iels se reconnaissent). Cette même justice, qui démontre régulièrement de quel côté elle se place quand il s’agirait pourtant de défendre les droits des personnes racisées et/ou LGBTQI+, ou de protéger celleux qui subissent les agressions du fait de leur assignation, qu’il s’agisse de violence conjugale, de harcèlement de rue ou au travail, de chantages, d’intimidations, de rapports humiliants et dégradants.
Beurk. Que les luttes féministes soient récupérées à des fins aussi sales nous horripilent au-delà du dicible. Mais essayons quand même.
Nous refusons que les violences que nous subissons soient instrumentalisées pour justifier toujours plus de répression. D’abord, parce que vos mesures ne nous protègent pas : les rares d’entre nous qui vont pousser la porte d’un commissariat témoignent de la façon dont iels ont été reçu·es la plupart du temps : avec dédain, jugement et humiliations, quant la police ne refuse tout simplement pas de prendre la plainte. Lorsque nous faisons appel à la justice parce que nous subissons des violences de la part de nos conjoints ou ex-conjoints, nous sommes pour la plupart laissé·es pour compte sans aucune mesure de protection, dans l’attente d’un éventuel procès qui nous laissent durant ces longues périodes, nous et très souvent nos enfants, exposé·es à la violence de ces mêmes agresseurs, prouvant une fois de plus que l’engagement de l’État en matière de violences notamment conjugales n’est rien d’autre qu’un effet d’annonce. La majorité des victimes de féminicides avaient pourtant signalé les violences dont elles faisaient l’objet de façon répétée, nous n’avons pas le droit de l’oublier.
Ensuite, parce que nous refusons de donner du crédit et du soutien à une justice qui enferme à tour de bras les personnes précaires qui n’ont d’autres solutions pour survivre que de flirter avec l’illégalité (combien de détenu·es incarcéré·es pour atteinte à la propriété, pour combien de criminels en costards nullement inquiétés ?), qui criminalise les exilé·es maintenu·es dans des conditions de survie scandaleuses, en leur refusant les titres de séjour qui leur permettraient de travailler légalement, en signant des OQTF* à la chaîne, en autorisant des expulsions de squats laissant des centaines de gens à la rue, en multipliant les contrôles au faciès pour enfermer toujours plus dans les centres de rétention. Cette même justice, qui stigmatise et précarise les travailleuses et travailleurs du sexe, qu’iels travaillent dans la rue, à domicile ou sur internet, instrumentalisant au nom de la traite l’ensemble des TDS* qui pour la plupart, réclament soit de pouvoir exercer dans de bonnes conditions, soit de pouvoir obtenir les papiers leur permettant de trouver d’autres activités rémunératrices. L’État français, sa police et l’ensemble de son appareil judiciaire, ne condamnent pas les flics lorsqu’ils tabassent, torturent et violent, ils s’accordent même pour dissimuler les preuves et se couvrir en toutes circonstances (voire par exemple la récente promotion du commissaire impliqué dans l’assassinat de Steve à Nantes, le harcèlement et les pressions subies par Assa Traoré et sa famille, ou encore le scandale tout neuf de l’affaire de Viry-Chatillon, avec le package complet d’usages de faux documents et de faux témoignages). En même temps, qui ça étonne encore, venant d’une classe politique privilégiée qui se sait hors d’atteinte, parmi lesquels on trouve un nombre considérable de mis en examen sans suites, dont certains accusés de violences sexuelles ?
Alors non, nous ne réclamons pas plus de prisons, ni des peines plus lourdes. La privation de liberté comme sanction supposée permettre la rédemption de celleux qui ont « fauté » a prouvé maintes fois son inefficacité. Par contre, c’est très fonctionnel comme outil de dissuasion de masse, comme machine à enfermer dans la précarité, et comme stigmate gravé à vie dans nos parcours. D’autant que, même dans les cas où nos agresseurs sont jugés et incarcérés, nous continuons à en payer les conséquences, parce que le plus souvent, il s’agit de membres de notre famille ou de nos proches. Dans la continuité logique de la prise en charge des besoins affectifs assignée au genre « féminin », les personnes qui soutiennent les détenu·es au quotidien sont rarement des hommes cis*, mais bien majoritairement les compagnes ou ex-compagnes, les mères, les sœurs, les enfants, et les ami·es. C’est à nous qu’il revient d’assumer les responsabilités quotidiennes en tentant de combler à grands coups de contrats cumulés la perte du deuxième salaire, à organiser nos vies en fonction des droits de visite, à assurer un minimum de lien social et affectif. Sans compter le mépris et les humiliations de l’administration pénitentiaire dans son ensemble : changements des horaires de parloirs sans prévenir, refus des colis pourtant aux normes, fouilles dégradantes, insultes, transfert des prisonniers à des distances infranchissables en une journée par leurs proches…
Enfin, la menace de nous retrouver derrière les barreaux nous concerne directement. Parce que nous exerçons le travail du sexe, comme activité complémentaire ou revenu principal, et que nous nous soutenons entre nous au risque d’être condamné·e pour « proxénétisme ». Parce que nous aidons les exilé·es à passer les frontières, que nous nous organisons ensemble pour ouvrir des maisons et faire des récup’ de bouffe même s’il faut entailler les grillages des supermarchés. Parce que nous volons dans les magasins, parce qu’on en a marre de se priver de tout parce qu’on est pauvres. Parce que nous sommes parents isolé·es en galère à frauder les aides sociales pour avoir un peu plus de miettes. Parce qu’en manif’ et lors de nos virées nocturnes, nous collons, taguons, sabotons, habillé·es de noir ou de paillettes, et que nous tenons tête aux flics quand ils nous demandent de la baisser. Et oui, c’est vrai, qu’il nous arrive de croiser un distributeur de banque ou tout autre symbole d’oppression, et de le détruire sauvagement, avec jouissance, avec conscience, parce que bordel, avec tout ce qu’on se mange, ça fait du bien de se défouler.

Que celleux qui défendent la taule réalisent de quel côté du mur et des privilèges iels se placent. « On ne détruit pas la maison du maître avec les outils du maître », disait Audre Lorde*. La taule sert à protéger ce monde, pas à le changer. Et avec leur nouvel arsenal contre le séparatisme, beaucoup de gauchistEs risquent de devoir réviser la frontière qu’iels pensaient établie entre leurs statuts, leurs pratiques, et la réalité tangible d’une possible condamnation. Y’a qu’à regarder les actualités des mouvements sociaux toutes ces dernières années pour s’en convaincre.

Alors, que faire des agresseurs ? Voilà une question que les mouvements féministes, queer et anti-carcéraux doivent prendre en charge de façon très concrète, parce qu’il ne s’agit pas seulement de dire qu’on veut détruire toutes les prisons, il va nous falloir explorer de vraies pistes, ici et maintenant. Et en attendant que s’écroulent le capitalisme et son monde de techno-flics et de surveillance généralisée, en attendant que la binarité hétéro- et cisnormée ne soit plus qu’un vilain souvenir, voilà déjà quelques petites suggestions pour un féminisme anti-carcéral : écouter les concerné·es – notamment les proches de détenu·es, et les laisser s’organiser selon leurs propres modalités, multiplier les espaces de parole et de solidarité concrète, favoriser la transmission des savoirs en matière de consentement et d’éducation sexuelle, mettre en place des groupes d’accompagnement communautaire des personnes agressées, organiser des ateliers d’auto-défense féministe, et dans l’idéal, quand on en a les forces, mettre les mains dans la merde en confrontant nos proches quand ils se comportent comme des connards.

Lexique
* OQTF : Ordre de Quitter le Territoire Français
* TDS : Travailleuse ou travailleur Du Sexe
* homme cis : qui se sent en adéquation avec le genre masculin attribué à la naissance.
* double peine : pour un étranger, la condamnation (emprisonnement ou amende) peut se doubler d’une mesure administrative complémentaire, qui vise à l’exclure temporairement ou définitivement du territoire (à l’issue de son emprisonnement, le cas échéant).
* Audre Lorde : militante et écrivaine féministe africaine – américaine

PS : En PJ, le texte mis en page en brochure avec illustrations (pour faciliter la lecture, plier en suivant la numérotation des pages)

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PPS : merci à Claude Ponti d’avoir nourri nos imaginaires subversifs.

La Vieille Valette : chimère légendaire

La Vieille Valette fait partie des lieux dit alternatifs, connue dans le milieu comme étant une occupation illégale et subversive. Le collectif de la Vieille Valette est locataire depuis des années. Un loyer est versé à l’O.N.F. et toutes les taxes que l’état réclame sont payées. Le fonctionnement de la vieille valette est dysfonctionnel ; les idées d’autonomie, de liberté pour tout-es ne sont qu’illusion depuis des années. Le projet de la vieille valette est détruit par deux hommes.

Le 1er, prenant racine au village, se considère comme le chef du lieux. Il loge les gens sans aucune décision collective, fait subir à tous les occupant-es son comportement paternaliste, sexiste et lourd. Un grand pratiquant du révisionnisme historique, les ancien-nes de la valette vous le prouvent. Il ne supporte pas les femmes indépendantes et s’il vous arrive de vous défendre quand ce colosse vous charge, vous apprendrez alors le terme de « fémi-nazie ». Il ne respecte que les hommes musclés et plus grand que lui.
Mi-dieu mi-maître.

Le 2ème, chapote de l’extérieur. Il gère avidement les comptes bancaires du collectif de son appartement, et s’est servi d’une des caisses de la vieille valette pour ouvrir son propre local à Bessèges.

Tous deux sont des êtres manipulateurs, maltraitants et répugnants.
Ils s’éfforcent de garder leur place de pouvoir au mépris du bien-être des autres et des idées anarchistes que l’on retrouve pourtant dans le projet de la Vieille Valette des années 90.

J’ai quitté la vieille valette parce que je me suis opposée aux comportements patriarcaux de ces mâles aux égos surdimensionnés. Ainsi des menaces physiques m’ont été faites. J’ai vécu dans la peur, dormis avec une gazeuse pendant des semaines. Celui-ci a tiré des coups de fusil la nuit, m’a insulté et a poussé sa fille de 5 ans a faire de même. Ma porte a été fracturée, ma maison retournée. Des comportements dont j’avais été victime seulement auprès des flics. Quand le 1er, ivre, faisait irruption chez moi le soir, uniquement quand j’étais seule ; malgré mes hurlements la nuit personne n’est venu.
Si tu veux garder ta maison à la valette, soit t’es d’accord avec le gourou, soit t’es suisse.

En septembre 2020, nous sommes six personnes a quitté les uns après les autres ce village maudit. Tous menacés, malmenés, c’est la mort dans la l’âme et humilié-es que nous nous sommes resolus à investir notre énergie ailleurs.

Ainti-fa et anarchiste, rougissez si vous y mettez les pieds ; je ne suis pas la seule et encore moins la dernière. Cela fait des années que ça se passe ainsi. J’étais prévenue pourtant, par les ancien-nes, et les nombreux articles parus, notamment « larmes et paillettes » en avril 2019. Je croyais en mes convictions, mais la testostérone et la lacheté du groupe ont eu raison de moi.
La vieille valette est un charmant village vacances, profitez de la piscine, mais un conseil : ne vous y installez pas ! Ne vous y investissez pas : une armée de volontaire a essayé avant vous et s’y sont perdus, cassés les dents.

Si vous décidez de vous rendre aux prochains concerts : ne soyez pas dupe !
Il s’y passe tout ce contre quoi on a envie de lutter.
Boycott ou sabotage, à vous de voir !
Ne soyons plus complice de ces horreurs.
Avec amour,

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Rendez-vous en juin, ou pas !

La nasse de nuit

Cette année, la marche de nuit féministe s’est transformée en nasse et menace de nuit. Récit non exhaustif des évènements.

Toulouse, le 5 mars 2021.

Comme le veut la tradition féministe toulousaine, nous avions prévu de manifester, la nuit, à l’occasion du week-end du 8 mars, et de pousser la chansonnette en battant le pavé. Cette année, malgré le couvre-feu, nous avions décidé de maintenir la coutume, en nous retrouvant, plus tôt que d’habitude, à 17h30. En arrivant, la place était parsemée de groupes de bleus, prêts à intervenir dès que l’une d’entre nous avait l’audace de faire tomber le masque en dessous de la narine.

Nous étions tout de même une centaine à braver l’interdit préfectoral. Et nous avions devant nous, en tout légalité, au moins 30 minutes pour chanter, danser, crier, et jeter Darmanin dans la Garonne. Pourtant, aux alentours de 17h42, en plein échauffement vocal, la maréchaussée décide de nous encercler, et de constituer une nasse. Le groupe est alors scindé en deux, interdisant toute sortie, mais acceptant bien volontiers de nouvelles recrues.

C’est alors que commence une attente interminable. Seules les personnes qui présentent leurs papiers d’identité peuvent quitter les lieux. Au même moment ont lieu plusieurs événements : la frappe – batucada féministe toulousaine – se fait arrêter et confisquer ses instruments, tandis qu’un petit groupe extérieur à la nasse se fait gazer à bout portant. Il est alors 17h53, et la possibilité d’un voyage au poste se profile de plus en plus clairement.

Au total, une trentaine de personnes fera le déplacement, non sans avoir entendu, pendant une heure, les blagues et réflexions graveleuses de la milice fasciste. Ainsi, lorsque le camion arrive au commissariat, les brillants soldats, voyant qu’un rassemblement de soutien a lieu devant l’établissement, déclarent « HAHAHAHAHAHA, ELLES SONT VENUES POUR NOUS, ON LEUR PLAÎT TROP !!! ». Hum. Certes. Perplexité. La situation serait comique si nous n’avions pas à subir par la suite un contrôle d’identité, dans le gymnase de l’hôtel de police.

Finalement, la plupart d’entre nous sortent, saines et sauves, sans rappel à la loi, et sans amende – à priori, car il est possible que nous les recevions plus tard -. A cette heure-ci, deux personnes sont en garde à vue, sans que l’on ait plus de détails sur leurs chefs d’inculpations, ni sur les conditions de leur arrestations. Force et soutiens à ielles !

Tout ceci était une démonstration de force, mais l’effet dissuasif n’a pas marché :

On a l’attaque des louves et la rage des chiennes, fières, vénères, pas prêtes à se taire !!!

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La nasse de nuit – pdf

Manif de nuit en mixité choisie (sans mec-cis)

Marche de nuit en non-mixité sans mecs cis à 17h30 (lieu à préciser)
Malgré le couvre-feu, nous proposons de nous retrouver cette année encore pour manifester de nuit dans les rues de Toulouse.
Nous pensons qu’il est important de nous réapproprier collectivement l’espace publique après 18h, parce que le couvre-feu qui nous est imposé pèse chaque jour sur nos vies.

Après 18h, les violences ne sont pas mises en pause.
Après 18h, on rentre du travail et on en commence un autre : il faut s’occuper des enfants, du repas, du ménage.
Après 18h, on sort de cours et on s’enferme parfois dans des familles violentes, lesbophobes ou transphobes.
Après 18h, on est seul-e avec nous-même, nos angoisses et le poids des violences et de l’exploitation que nous subissons tous les jours.
Après 18h, on commence à ne plus se souvenir de la vie d’avant.

Et pourtant, la vie d’avant, ce n’était pas non plus le rêve !

Si nous avions plus de liberté et de vie sociale, nous n’oublions pas qu’en tant que femmes et minorités de genre, l’espace public ne nous appartenait déjà pas.
Celleux d’entre-nous qui entretiennent des relations non-hétérosexuelles se cachent dans la rue, par peur d’être agressé-e-s.
Celleux d’entre-nous qui sont des personnes trans ou non-binaire calculent leur trajet, lieu de destination, et heure de sortie.
Celleux d’entre-nous qui sont des femmes ou perçues comme telles subissent du harcèlement sexuel quotidien, partout, ne peuvent prendre un transport en commun ou aller dans un bar sans risquer d’être insulté-e-s ou agressé-e-s.
Celleux d’entre-nous qui sont racisé-e-s subissent constamment du racisme, sont exotisé-e-s, insulté-e-s, dévalorisé-e-s.

Si nous reprenons la rue le 5 mars au soir, malgré le couvre-feu, ce n’est pas pour réclamer un retour à la normale.

Nous voulons qu’avant comme après 18h, l’espace public soit débarrassé de toute marque de privatisation par le marketing capitaliste et ne soit plus le territoire de prédation du machisme, et qu’il appartienne à toustes, qu’il soit un lieu de créations, de solidarités, d’entraide et de vie collective !

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Journal le Spigaou

Dans ce premier numéro, on parlera du confinement, du contrôle technologique et de la 5G (ainsi que de ses implications militaires), de l’apocalypse (et de nos petits potagers), de cette saleté de patriarcat ! … pour finir par un dossier « santé », de nos rapports à la folie, à sa romantisation ; aussi du courant hygiéniste à travers l’histoire de la médecine dite « sociale » de la gestion sanitaire de la « main d’œuvre productive » et de ses premières quarantaines,..
Voilà, bonne lecture !

sommaire et intro


Toute l’histoire de la civilisation occidentale peut être lue comme une tentative systématique d’exclure et ségréger le corps. Depuis Platon, celui-ci a été considéré tour à tour comme la folie à contrôler, l’impulsion à réprimer, la force à encadrer, l’inconscient à psychanalyser. […] Une libération profonde des individus implique une transformation tout aussi profonde de la manière de concevoir le corps, son expression et ses relations.
Le corps et la révolte – Canenero – 17 février 1995

I. Interruptions – page 3
II. 5G : Le réseau de la domination – page 4
III. En attendant l’apocalypse – page 11
IV. Guerre au patriarcat – page 14
V. Autour de la folie – page 17
VI. La folie se porte bien ! – page 19
VII. La longue marche vers la contention sociale – page 20

Depuis le début de l’épidémie, de nombreuses personnes se sont mises à écrire différentes analyses ou suppositions, et les réactions les plus diverses ont pu être observées. Certain.es se rencontrent, cherchent à voir les choses le plus finement possible tout en acceptant le degré d’incertitude inhérent à la situation. D‘autres parlent de « régulation naturelle » et lorsque l’on en arrive à voir une opportunité dans la possible perte (même par un virus) d‘un groupe spécifique de la population le fascisme n’est plus très loin. D’autres encore souhaitent un retour à la normale, sans précaution, dans une vision très libérale de la liberté. Beaucoup ont des difficultés à percevoir la portée de ce virus, puisque principalement entouré.es de personnes jeunes et en bonne santé ; quand certain.es, accros aux actualités, paniquent. On peut aussi avoir tendance à simplifier, déformer voire même nier la réalité, de manière plus ou moins intentionnelle, pour tenter d’y échapper. L’État lui voit dans la situation un parfait chantage pour la mise au pas d’une bonne partie de la population.
La situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui implique de vivre mais aussi de réfléchir autrement. Il n’est pas possible d’attendre que l’étau se resserre cette fois-ci encore plus rapidement que d’habitude en nous laissant irrémédiablement envahir par un contrôle toujours plus poussé. Il s’agit alors pour nous de sortir de la binarité, ne pas faire le jeu du tout sécuritaire, sans pour autant nier toute une partie de la réalité qui est en train de s’installer. À l’heure de la publication de ce journal, le discours dominant se veut plus que rassurant, néanmoins le virus continu de tuer peut-être moins en fRance mais à d’autres endroits la situation reste critique ; et rien ne dit que d’autres virus ne vont pas continuer à nous tomber dessus, dans une époque où la destruction massive des écosystèmes est de mise.
Depuis toujours, les anarchistes combattent l’idée selon laquelle en l’absence de régulation étatique, se mettrait en place la loi du plus fort. Ne donnons pas raison à nos détracteurs. Selon mes propres aspirations anarchistes, les personnes dites « fragiles » d’un point de vue médical, ne devraient pas se retrouver exclues ou mises en danger pour que d’autres puissent vivre librement. Il s’agit alors de trouver des moyens de continuer à vivre en prenant en compte les limites de chacun.es, opposant ainsi sa propre éthique personnelle à une logique de « gestion des populations » toujours plus invasive.
Nous nous retrouvons aujourd’hui face à des enjeux énormes. Réussir à penser et agir au-delà de la peur et du contrôle, tout en restant attentif.ve n’est pas une mince affaire. Mais le désir, propre à chacun.e, peut survivre même dans les situations les plus difficiles. Il s’agit alors donc de continuer à réfléchir, rêver et expérimenter sans pour autant attendre une éventuelle « sortie de crise » qui ne viendra pas. La catastrophe est déjà là, depuis des décennies.

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Ce qui fonde la séparation entre les gestes quotidiens tels qu’ils sont vécus – banalement – dans la vie quotidienne et ces mêmes gestes tels qu’on les revit passionnément dans le rêve, c’est la séparation que l’on est à faire dans chacun de nos gestes, entre les pulsions du désir et sa satisfaction. Seul le désir, s’il passionne nos gestes quotidiens, peut en créer le sens ; et les rêves, qui sont aux gestes ce que les idées sont aux mots, ne s’améliorent qu’à cette seule condition. « Les rêves s’améliorent aurait dit Lautréamont ; la passion que l’on met dans les gestes quotidiens y contribue. »
Quand le désir ne passionne plus nos gestes, la destruction s’affadit et ne sale plus l’espace. Et si, par là, le temps, n’a plus pour s’améliorer un champ d’expérience digne de lui, c’est parce que notre sentiment du temps est lui-même indigne de nos tâches historiques… « Le temps s’améliore ; la destruction de l’espace y contribue. »
Mais l’espace est devenu indestructible ; les bâtiments ne vieillissent pas : ils sont déjà vieux le jour de leur inauguration. C’est parce que la séparation entre le désir de créer et sa réalisation, séparation qui est à la base du minable métier d’architecte, est simplement et énormément démultipliée par l’industrie. Il faudra éliminer tout temps qui existe en dehors des individus.

Mépris de conduire – Maroine Dib, Le désir libertaire novembre 1075

Journal complet :

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