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[Radio] Carapatage #19 : contre les prisons, la répression et le contrôle

Épisode spécial de Carapatage !

Une émission « spéciale », avec des brèves dont un retour sur le procès aux assises de personnes arrêté suite aux émeutes de beaumont sur oise. Une discussion autour du film « Ils nous ont volé nos nuits », deux chroniques de livre, lecture d’un poème et de chansons !

Carapatage épisode 19 : émission spéciale !
Une émission « spéciale », avec des brèves dont un retour sur le procès aux assises de personnes arrêté suite aux émeutes de Beaumont-sur-Oise. Une discussion autour du film « Ils nous ont volé nos nuits », deux chroniques de livre, lecture d’un poème et de chansons !

Sommaire de l’émission :

  • Brèves
    • 00:02:25 : Retour sur la manif du 19/06 au Mesnil Amelot
    • 00:04:50 : Blog de chronique judiciaire : la Selette
    • 00:08:10 : Retour sur le procès des émeutiers de Beaumont
    • 00:25:27 : Chanson d’une attaque de constructeur de prison à Montreuil
    • 00:27:30 : Concerts de soutien aux inculpés du 8/12/20
    • 00:33:40 : Autour du documentaire « Ils nous ont volé nos nuit, Nos robaron las noches »
  • 00:51:05 : Chronique du livre de Kae Tempest, Inconditionnelles, editions l’Arche
  • 01:02:00 : Chronique du livre de Chloé Mehdi, Rien ne se perd, 2017, editions jigal
  • 01:17:00 : Lecture du poème « Ce qu’il reste – les restes » d’Assata Shakur, issu du recueil « Je transporte des mots, on les appelle des explosifs »
À propos de Carapatage :

Contre les prisons, la répression et le contrôle, à travers l’actualité de l’enfermement mais aussi son histoire, en racontant les luttes à l’intérieur et à l’extérieur, en échangeant ce qu’on a vu, lu et entendu.

Carapatage est contre les prisons et l’enfermement, les centres de rétention administrative, l’enfermement psychiatrique, les centres éducatifs fermés et l’enfermement des mineurs dans différents centres, le débordement de l’enfermement à l’extérieur par des dispositifs comme le bracelet électronique, le contrôle qui s’exerce dans les foyers de sans-papiers, de l’aide sociale à l’enfance ou à destination des femmes précaires.

La prison est l’aboutissement d’un système répressif et normatif, dans la continuité de la police et de la justice — auxquels on s’oppose aussi —, qui n’existe pas de façon neutre, qui ne s’exerce pas à n’importe quel endroit et sur n’importe qui, mais derrière lesquels il y a des intérêts capitalistes, racistes, néocoloniaux et patriarcaux, entre autres choses. La prison permet de forcer l’acceptation des normes et des lois : elle est la clé de voûte de l’exercice du pouvoir de l’État.

Site internet de l’émission : https://carapatage.noblogs.org
En direct tous les premiers et troisièmes mercredis du mois de 20h30 à 22h :

  • sur 89.4 FM en région parisienne
  • sur le site de Radio Libertaire
    Reprise des émissions en septembre !

Karabola ! Contre les CRA !

Une soirée Karaoké/Tombola en soutien aux luttes contre les centres de rétention et face à la répression pendant le confinement, le samedi 26 juin au squat le marbré (39 rue des deux communes à Montreuil), de 16h à 22h.

Les centres de rétention administrative (CRA) sont des prisons où l’État enferme les personnes qu’il considère en situation irrégulière sur le territoire français, afin de les expulser. Malgré la pandémie, les CRA sont remplis de gens. Et la situation à l’intérieur est invivable : à la violence de l’enfermement et des matons, s’ajoutent les conditions sanitaires désastreuses. Pour résister aux expulsions, les prisonniers-ères s’organisent en refusant les tests PCR, obligatoires pour passer les frontières. Mais plusieurs d’entre eux ont été condamné.e.s à des peines de prison ferme ou placé.e.s à nouveau en CRA pour un total de 180 jours.

Pour s’opposer à ce prolongement du temps de rétention, les prisonniers du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot se sont révoltés le 20 janvier 2021. Deux bâtiments du site ont cramé. Au total, 44 places en cellule sont restées inutilisables pendant plusieurs semaines. Pour cette révolte, sept personnes ont été jugées au tribunal de Meaux le 5 mars dernier. Au procès, les inculpés ont été solidaires entre eux, en refusant de répondre aux questions de la procureure et des juges.

Mais, au bout de 12 heures d’audience et d’un très court délibéré, les inculpés ont tous été jugés « coupables » de « rébellion commise en réunion » et, pour quatre d’entre eux, de l’incendie du CRA. Ils ont été condamnés à des peines de prison ferme, de quatre à seize mois, à l’exception d’une personne qui a pris douze mois avec sursis.

Pour soutenir les inculpés de l’incendie, l’assemblée contre les CRA d’Île-de-France a notamment organisé une cantine, qui s’est tenue le 27 février dernier au squat le Marbré, à Montreuil. Mais les flics, accompagnés du propriétaire du bâtiment, ont profité de cette occasion pour expulser le lieu. Une centaine de policiers ont débarqué, ont encerclé le squat et annoncé vouloir arrêter une « fête illégale ». Ils nous ont nassé-e-s dans le hangar du Marbré et nous ont contrôlé.e.s, pour ensuite expulser « illégalement » le lieu, laissant les habitant-e-s sans domicile et toutes celles et ceux qui le fréquentent sans espace d’organisation. Non seulement la cantine a été interrompue mais en plus nous nous sommes fait verbaliser pour “réunion interdite”. Depuis quelques semaines, nous recevons les amendes. A ces amendes, s’ajoutent toutes celles que nous avons dû payer depuis le début du confinement pour les rassemblements et parloirs sauvages organisés pour soutenir les retenu-e-s.

La lutte doit continuer ! En 20 ans, le nombre de places en CRA a doublé et les projets de construction se poursuivent : à Lyon, à Bordeaux, près d’Orléans, mais aussi au Mesnil-Amelot. Il y a quelques semaines, nous avons appris qu’un nouveau CRA de 64 places allait sortir de terre. En tout, le gouvernement vise 800 places supplémentaires en rétention en France en 2023 par rapport à 2018, soit 60% de plus !

Contre la répression pendant le Covid, pour les personnes enfermées et les camarades verbalisé-e-s, nous organisons une soirée de soutien le 26 juin 2021 au Marbré.

Au programme :

• une discussion autour de la lutte contre les CRA d’Île-de-France et du procès qui a eu lieu le 5 mars dernier à Meaux, animée par l’Assemblée générale contre les CRA de 16h à 18h30
• une tombola (avec des tickets à prix libre) et un karaoké qui s’étaleront sur toute la soirée à partir de 19h
• une exposition pour retracer la construction des CRA en France jusqu’au tout récent projet de nouveau CRA au Mesnil-Amelot, et lire des témoignages des personnes enfermées à l’intérieur
• …et pour vos papilles, des crêpes et des cocktails sans alcool (à prix libre également)

Nous espérons que nous serons nombreu-x-ses pour cette fête.

SOLIDARITÉ AVEC LES PRISONNIER.ES DES CRA ET DES PRISONS ! LIBERTE ET PAPIERS POUR TOUS ET TOUTES !

Rassemblement au TGI le 7 juin à 13h30 en soutien à Corine, GJ arrêtée le 1er mai

Rassemblement devant le tribunal de Paris 23e chambre/1 le 7 juin 2021 à 13h30 pour soutenir Corine, gilet jaune d’Occitanie qui passe en procès après son arrestation à Paris le 1er mai.

Corine, Gilet jaune d’Occitanie, s’est faite arrêter pendant la manifestation du 1er Mai 2021 à Paris.

Après 24 heures de garde à vue, elle est présentée au juge en comparution immédiate pour :

  • Rébellion lors de son arrestation ;
  • Attroupement en vue de commettre des dégradations et refus de prélèvement ADN le 3 mai 2018.

Elle demandera un report de son procès, afin de pouvoir préparer sa défense. Le juge contre toute attente la placera en détention provisoire jusqu’au procès prévu le 7 juin 2021.

Cette décision sera justifiée par 2 précédentes arrestations et condamnations durant des manifestations Gilets jaunes à Toulouse. Mais le Juge va mettre en avant des éléments que réfute la prévenue : « Être armée en manif ».
Ce qui pose la question de la neutralité de la décision et de la présomption d’innocence, puisque le juge se base sur des éléments encore non jugés !

Son avocat fera une demande de mise en liberté le 11 mai qui sera de la même façon rejetée.

Heureusement Corine sera relâchée le 17 mai suite à une nouvelle demande, mais reste anxieuse quant au rendu de son jugement le 7 juin, au vu de l’acharnement que subissent depuis le début les Gilets Jaunes.

Nous, porte-parole de son comité de soutien, dénonçons un acharnement contre Corine et plus généralement sur le mouvement des Gilets jaunes dans son ensemble, une volonté politique de terroriser cette opposition incontrôlable que représente ce mouvement social.

Nous appelons à un rassemblement devant le tribunal de Paris 23e chambre/1 le 7 juin 2021 13h30 pour soutenir cette mère de famille.

La justice en boucle pour enfermer… Retour sur le procès d’une révolte.

Suite à l’incendie du CRA du Mesnil Amelot, 7 révoltés sont passé en procès le vendredi 5 mars 2021.

La justice en boucle pour enfermer… Retour sur le procès d’une révolte.

Vendredi 5 mars 2021 avait lieu au tribunal de Meaux le procès des personnes inculpées pour la révolte du CRA du Mesnil-Amelot. On y était présent.es, pour soutenir les révoltés et les luttes des prisonnier.es en général !

On a déjà beaucoup parlé de la révolte qui a eu lieu en janvier. Pour un rappel des faits, n’hésitez pas à lire cet article.
Depuis, l’Assemblée contre les CRA Paris-IDF a organisé, en soutien, une réunion publique, une cantine et un rassemblement devant le tribunal le 5 mars. Le but : que soient visibilisés au maximum la révolte et les conditions d’enfermement dégueulasses, ainsi que la criminalisation du refus des tests PCR et le doublement des 90 jours de rétention.

Devant le tribunal on était une quarantaine de personnes venues pour soutenir les inculpés. On n’a pas pu rentrer, les jauges Covid étant un bon prétexte pour supprimer la publicité des audiences ; la bonne dizaine de policiers présents devant les portes nous ont donc repoussé.es. En revanche, le fait que les inculpés soient collés les uns aux autres dans le box n’était pas un problème apparemment !

On s’est installé.e à quelques mètres, tentant à un moment de faire entendre nos voix, mais peine perdue, la salle d’audience étant trop éloignée de l’entrée du tribunal. On est resté.e quand même et jusqu’au couvre-feu !
Durant l’après-midi, on a improvisé une petite manif dans le centre-ville de Meaux, distribuant tracts et chantant des slogans de solidarité, afin d’informer la population de ce qu’il se passait dans le tribunal de la ville au moment-même. Un groupe d’ados près d’un arrêt de bus s’est mis à chanter avec nous le slogan de solidarité avec les inculpés ! Devant la Poste, on a rappelé que cette dernière avait collaboré (encore aujourd’hui) à la dénonciation des personnes sans-papiers.

Entre temps, à l’intérieur, le procès commençait. Une défense collective avait été élaborée. L’idée était la suivante : ne jamais parler des faits, ne pas rentrer dans le jeu de la justice qui essaie de rendre coupable ; ne pas se balancer les uns les autres, mais plutôt démontrer que les seuls responsables sont justement l’État et le système judiciaire, par un enfermement sans cesse prolongé, dans des conditions humiliantes et éprouvantes. Si les flics avaient bien réussi leur petit jeu en montant les retenus les uns contre les autres lors des gardes à vue, au procès, les inculpés ont fait preuve d’une solidarité belle à voir, en refusant de répondre aux questions de la procureure et des juges.

Plusieurs nullités ont été plaidées, notamment une remettant en cause l’heure à laquelle les inculpés ont été placés en garde à vue. En effet, leur GAV a commencé à 16h45, alors qu’ils étaient privés de liberté de mouvement depuis 5 heures déjà. Comme les autres, cette nullité a été « jointe au fond » puis rejetée. Dans le cas contraire, elle aurait permis de faire annuler toutes les auditions de garde à vue…

Sur le fond, les plaidoiries ont notamment porté sur les conditions de rétention, basées sur des témoignages de prisonnièr.es, ce qui a fait réagir le président qui ne voulait pas d’une « tribune politique » ! Un ancien retenu, un journaliste de L’Humanité (qui avait dernièrement été en visite en CRA auprès d’une sénatrice) et le juriste Serge Slama ont témoigné des conditions de rétention, de l’allongement de la période maximale d’enfermement, de la problématique du refus de tests PCR, qui est puni par des peines de prison ferme ou permet de ré-enfermer les personnes en CRA pour 90 jours. En réalité et contrairement à ce que veut faire croire le juge, tout ça est très politique !

Rappelons que le juge du tribunal de Meaux ce jour là , Mr Guillaume Servan, est un ancien Juge des libertés et de la détention du Mesnil-Amelot. Dans les centres de rétention, le JLD ne sert à rien d’autre qu’à valider la demande de la préfecture de prolonger les prisonnier.es en rétention, en vue de réussir à les expulser ! On peut donc imaginer à quel point cette personne était insensible aux récits des témoins… Ce même juge a condamné un certain nombre de retenu-e-s du CRA du Mesnil-Amelot à des interdictions judiciaires du territoire français pour des refus de test PCR. Par ailleurs, la procureur Carmelita Dijoux, présente lors de l’audience, était précisément celle qui avait fait passer en Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité (CRPC) deux des prévenus la veille de l’incendie du CRA. Ces deux retenus ont été condamnés à deux ans d’interdiction du territoire français ce qui renvoyait les personnes en rétention pour 90 jours ! C’est contre cela-même que les personnes se sont révoltées !

Au bout de 12 heures d’audience et d’un très court délibéré, les inculpés ont donc tous été jugés « coupables » de « rébellion commise en réunion » et pour quatre d’entre eux de l’incendie du CRA. Ils ont été condamnés à des peines de prison ferme, allant de quatre à seize mois, à l’exception d’une personne qui était sous contrôle judiciaire et qui a pris douze mois avec sursis. Comme toujours, la justice raciste a bien fait son travail pour maintenir l’ordre existant. Le juge a conclu en disant que, quelles que soient les conditions de rétention, « l’incendie de bâtiment public est absolument inacceptable. Si on tolère ça il n’y a plus de limite, après on peut mettre le feu à l’Arc de Triomphe ».

Plusieurs personnes inculpées ont réagi avec colère à l’annonce de leur condamnation, sous le sourire de la proc’. En s’apprêtant à passer la porte pour sortir du box vers le dépôt, un des prévenus s’est fait taper par un flic qui l’a pris à la gorge et plaqué contre le mur. Les avocates se sont mises à crier. Le président, les deux autres juges, la proc et la greffière n’ont « rien vu ».

Au final, une seule personne a fait appel de la décision, la justice s’étant arrangée pour suffisamment différencier les peines et ainsi faire en sorte qu’un appel collectif soit risqué pour plusieurs d’entre eux.

Kalimero, caisse de solidarité avec les prisonnièr.es de la guerre sociale, a commencé à leur envoyer des mandats . Sachant qu’une « caisse de solidarité a besoin de continuité », il est possible de leur faire un don pour participer à payer ces mandats, soit en passant à l’assemblée contre les CRA, soit à la réunion mensuelle de Kalimero, ou encore en leur écrivant directement à kalimeroparis(at)riseup.net.

Solidarité avec les prisonnier.es des CRA et des prisons !

A bas les CRA !
Voir le site : https://abaslescra.noblogs.org/

Méfions-nous des avocat-e-s de la trempe de Zuper Zorro

Avant de vous jeter dans la gueule de la répression, sachons repérer les baveux avec qui on ne peut vraiment pas s’entendre !

Quand on a le malheur d’être confronté·e aux flics, aux juges et à toutes les formes de la violence d’État, on se rend compte assez vite que l’important, c’est de ne jamais rester isolé·e face à cette machine à broyer les vies.

Parfois on est tenté·e de penser qu’avec un ou une bonne avocat·e, ça roule, on ne restera pas seul·e, on sera soutenu·e, c’est bon quelqu’un s’occupe de nous. Dans nos rapports avec la justice, ces personnages en robes noires font partie du décor, on s’en sert comme on peut, on se sent souvent perdu·e et on fait confiance, alors qu’en vrai on aimerait bien pouvoir se défendre sans intermédiaire.

Mais parfois on fait de mauvaises rencontres. On ne vous parle pas des avocat·e·s qui bossent H24 avec les flics, la préfecture ou la pénitentiaire, on vous parle de ce qu’on nommerait un « faux-ami ». Un avocat, car pour le coup c’est un mec, qui s’arrange toujours pour être « sur la photo » des rassemblements contre les violences policières, un avocat qui prend ces violences policieres comme un fonds de commerce pour servir ses ambitions politicardes, un avocat qu’on a beaucoup trop vu et entendu dans les manifs contre la loi sécurité globale, un avocat étiqueté LDH pour faire joli sur la boutonnière, un avocat qui s’imagine être devenu un go-between entre la goche réformiste et les « milieux radicaux », un avocat qui renifle les bonnes affaires mais s’en balance bien de ses « client·e·s ».

Cet avocat, c’est même pas la peine de citer son blaze, il attend que ça pour crier au lynchage. D’ailleurs facile, sur les moteurs vous tapez « avocat violences policières » et vous avez la réponse. Disons que ses initiales sont à l’opposé de celles de Zuper Zorro.

Zuper Zorro a « déconné ». Pendant une des manifestations LSG, en novembre, il n’a pas supporté que des membres des « milieux radicaux » pètent trois vitrines et mettent le feu à un show-room de grosses cylindrées. Zuper Zorro s’est même empressé de sortir un tweet comparant les black blocs aux fachos, avant de le supprimer. Avec ses potes des syndicats de journalistes, ils ont sorti un communiqué afin de « condamner avec la plus grande fermeté les violences contre les policiers » et que tout ça c’était la faute de quelques manifestant·e·s « non pacifiques ». Et… Et vous savez quoi ? Il n’y a pas si longtemps, ce triste personnage, pour se faire mousser, s’est même permis de proclamer « c’est moi l’avocat des black blocs » pendant une garde à vue, incitant un interpellé à changer d’avocat et à le désigner, lui Zuper Zorro !

Zuper Zorro n’agit pas seul, ce serait trop facile à repérer. Lui et sa clique d’avocat·e·s dominant·e·s et sexistes, odieux avec leurs propres stagiaires et collaborat·eurs·rices, « prennent » les affaires les unes après les autres. Mais ne les suivent pas. Dès qu’un drame éclate, encore un mort entre les mains de la police, l’éclairage médiatique est propice à l’apparition de ces avocats vautours, les re-sta du barreau, cape noire et loup de Zuper Zorro, toujours les premiers à se tourner vers une caméra ou un micro.

Alors oui, le boulot technique de droit, il est fait. C’est pas la question. Le problème c’est qu’au bout de quelques semaines, quand l’attention médiatique retombe, Zuper Zorro risque fort d’être aux abonnés absents. « Mais vous inquiétez pas, quelqu’un de mon cabinet va bien s’occuper de vous… » Pour les moins chanceuses et chanceux qui le désigneraient (les moins médiatisables en fait), vous risquez même de vous retrouver laché·e·s seul·e·s face au keufs au comico ou face au proc au tribunal.

Les Zuper Zorro sont du genre à s’apitoyer sur le sort de leurs client·e·s en pleine audience, feignant d’assurer leur défense alors qu’ils ne cherchent qu’à les infantiliser pour mieux les dissocier du reste du cortège et des vilains casseurs ou black blocs. Ou alors ils produisent des vidéos, font citer des tas de « témoins » pour jouer la carte de l’innocentisme à 2 balles, et tant pis si ça en met d’autres dans la merde, ou si la personne poursuivie aurait préféré une défense plus politique. Tant que Zuper Zorro peut faire des effets de manches lors de l’audience et se pavaner dans les médias, tout va bien.

Zuper Zorro est du genre aussi à jacasser dans les salons sur les ravages des armes du maintien de l’ordre. Mais le lendemain il est aussi capable de plaider, devant le tribunal administratif ou le conseil d’État, pour demander l’interdiction des LBD mais seulement pendant les manifestations de voie publique… pas pendant les opérations policières punitives opérées dans les quartiers populaires. Encore de la dissociation. Du même type que celle prônée par les avocats réacs qui se sont autoproclamés défenseurs des gilets jaunes. Une dissociation d’autant plus dégueulasse pour un baveux qui se targue de défendre des familles issues des quartiers populaires. Il les « défend » un jour pour le lendemain les lâcher en épousant des thèses réformistes qui considèrent certain-e-s populations plus légitimes que d’autres à se faire mutiler par des armes de guerre.

Zuper Zorro est toujours très cool avec l’argent. « Non mais les honoraires c’est pas urgent on verra ça plus tard, on va d’abord vous sortir de là »… Et au bout de quelques semaines, il y a des chances que la facture soit zuper zalée. En plus ça n’aime pas trop l’aide juridictionnelle les Zuper Zorro, non c’est galère l’aide juridictionnelle, t’es payé une misère et tu mets des années à toucher le blé, le ministère de la Justice c’est pas Zuper Payeur. Mais Zuper Zorro sait être généreux : il fait plein d’affaires « pro bono ». C’est un truc pour dire « je te facture pas, c’est pour moi ! » Une fois on a même aperçu un Zuper Zorro à la sortie d’un commissariat, grand manteau blanc au vent, mégaphone à la main, proclamant qu’il prenait tous les dossiers des personnes en garde à vue pro bono. Oyez ! Zuper Zorro est dans la place !

Seulement, dans une affaire de violences policière, d’autant plus quand il s’agit d’un crime, ça peut durer des années. Et à la fin, c’est plus pro bono du tout. Alors un conseil : négociez les tarifs dès le début. Et demandez de payer au forfait, les Zuper Zorro vont vous enfumer avec leurs honoraires « à l’acte », pour eux c’est jackpot, la moindre lettre de demande d’acte, le temps de passer deux coups de fil, chaque instant est facturé.

Dans la bande à Zuper Zorro, on est tres susceptible. On ne supporte pas l’affront de se faire larguer pour un-e autre avocat·e. On adore aussi gérer seul la communication de chaque affaire. Quand il trouve que là, l’affaire prend une tournure croustillante, « punaise la vidéo elle est vraiment trash les médias vont adorer », hop, Zuper Zorro sort un tweet massacreur ou écrit un communiqué sur l’affaire, sans informer auparavant ses « client·e·s » qui découvriront la chose dans la presse. Alors quand on parvient à se faire tirer le portrait dans le journal Le Monde, comme le fit le préfet Didier Lallement, c’est un peu la consécration.

En fait les Zuper Zorro sont des politicards qui construisent leurs carrières sur nos luttes, et pire encore, sur la détresse des victimes de violences policières et de leurs proches. Qu’ils disparaissent du paysage !

L’Amicale des Accusé-e-s Averti-e-s

St-Etienne: hommage à David, parti trop tôt

Saint-Étienne : David est mort parce que la société laisse des hommes et des femmes à la rue

La lutte contre les injustices est faite de joies, de peines, de générosité, de dons. Et parfois de drames. Des hommes et des femmes s’engagent entièrement, totalement pour les autres. C’était le cas de David. Le jeune homme de 28 ans est décédé dans la nuit du mercredi 27 au jeudi 28 janvier, à Saint-Étienne, alors qu’il essayait d’ouvrir un bâtiment vide. David voulait réquisitionner l’immeuble pour mettre à l’abri des personnes démunies, aider les plus faibles, les sans-droits. Sauver des vies dans un contexte de crise sociale sans précédent.

David faisait partie de ces Justes, qui ne peuvent accepter de voir des familles dormir dans la rue. Il était de toutes les luttes sociales. D’ailleurs, il avait déjà été arrêté pour avoir réquisitionné un immeuble en juin dernier, et devait être jugé pour cela. David est de ceux qui avaient donné un toit à des sans abris, des sans-papiers, et ouvert une vaste Maison des Peuples à Saint-Étienne.

Aucune de ces actions de réquisitions n’est sans risque. Il faut escalader un bâtiment, éviter la milice, explorer, sécuriser … Cette nuit là, le toit, vétuste, sur lequel il se trouvait, s’est effondré. David est mort parce que la société laisse des hommes et des femmes à la rue. David s’engageait totalement, mais il aimait aussi la musique, les concerts, les teufs. Il avait lui même un groupe de musique et aimait faire la fête. Il aimait la vie. Ses amis nous disent qu’il était aussi fier de ses origines bretonnes, et qu’il était venu soutenir la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Ce 1er février, David devait passer au tribunal parce que la justice préfère condamner des personnes solidaires que la violence sociale et policière. Il n’y a pas eu de procès. Mais le rassemblement devant le tribunal de Saint-Étienne, prévu à cette occasion, a été maintenu, et s’est transformé en hommage. Comme samedi, des dizaines de personnes se sont retrouvées pour penser à lui, déployer des banderoles, pleurer ensemble.

Pour ses proches, et celles et ceux qui partageaient sa soif ardente de justice, David laisse un vide immense. Mais il restera toujours vivant dans leurs combats.


Un poème lu par son ami Claustinto :

Il y a des gens sur les toits Parce qu’il faut monter jusque là
Pour trouver de quoi se donner le droit
De se sortir de l’injustice
De l’impuissance et du froid

Il y a des gens sur les toits
Qui cherchent Dans les recoins des villes
De quoi accueillir et parler
Et s’entendre et prendre des forces
Rire pleurer et être entendu.e.s
De quoi sortir de la vie tous les jours
Coincé.e.s entre la honte et la colère vide

Il y a des gens sur les toits
Pour qui c’est évident
Qu’il faut se battre
Et prendre Ce qu’on ne veut pas nous donner
Que ça a toujours été comme ça
Et que ça le restera
Tant que tout le monde ne sera pas sur les toits

Il y a des gens sur les toits
Et des gens dans les rues
Des gens dans les usines
Dans les cités dans les forêts
Et les intimités
Qui se battent et qui tombent et qui se relèvent
Et qui parfois
Ne se relèvent pas

Il y a des gens sur les toits
Qui nous font de grands signes avec les bras
Pour nous dire venez si vous avez froid
De la vie Qu’on nous force à vivre
Il y a d’autres endroits
D’autres façons de se dire
Des façons de ne plus subir
Il y a des toits D’où on voit bien plus loin que soi

Il y a des gens sur les toits
Qui nous font de grands signes avec les bras
Pour nous dire bonjour
Et au revoir À la fois

[Publié le 2 février 2021 sur Nantes Révoltée.]

Communiqué sur l’affaire de la place Ste Marthe : contre la gentrification, pour la défense collective !

Lundi 28 septembre, deux jours après le début de l’occupation « implantons la résistance », contre la gentrification du quartier de la place Sainte Marthe et pour une écologie radicale à Paris, cinq personnes se sont faites arrêter. Le procès des 3 inculpé.es pour violence sur flic et refus d’empreintes aura lieu le 24 février 2021.

Lundi 28 septembre, deux jours après le début de l’occupation « implantons la résistance », contre la gentrification du quartier de la place Sainte Marthe et pour une écologie radicale à Paris, cinq personnes se sont faites arrêter.

L’occupation de la place Sainte Marthe avait pour objectif d’instaurer un nouveau rapport de force en faveur de la lutte contre la gentrification qui a lieu dans le quartier, déjà impulsée par des habitant.es organisé.es depuis plusieurs années. Le quartier de la place Sainte Marthe, qui est une des premières cités ouvrières de Paris, est aujourd’hui à la merci des projets de transformation urbaine portés par deux rapaces de l’investissement immobilier : Nexity et Edmond Coignet. Ces deux entreprises sont en effet devenues actionnaires majoritaires en 2019 de la Société Immoblière de Normandie (SIN), propriétaire historique de 120 lots dans le quartier.
Parmi ces lots, 80 sont des locaux au rez-de-chaussée qui ont permis jusqu’à très récemment, grâce à des loyers 4 fois en dessous du prix du marché, d’abriter des activités d’artisanat de plus en plus rares dans le centre parisien. Les projets des nouveaux propriétaires sont tout autres. Ces baux avantageux ne sont pas renouvelés, et par conséquent des centaines de m² se retrouvent vides tandis que leurs loyers grimpent : aujourd’hui, plus d’une quinzaine de locaux sont innoccupés alors que les AIRBNB et autres bars branchés fleurissent. Comme toujours dans des processus avancés de gentrification, les habitant-es de ce quartier populaire voient les loyers exploser. Les galérien.nes, les sans-abris, les sans-papiers, les révolté.es qui squattent régulièrement sur la place sont peu à peu remplacé.es par une population aisée et pacifiée.
C’est en partie pour s’opposer à ce projet de ville rentable et mortifère que plusieurs locaux appartenant à la SIN ont été occupés durant ce week end de luttes, mais aussi pour disposer d’un espace d’organisation autonome dans Paris, ce qui manque souvent.

Lundi 28 septembre, des représentant.es de la société immobilière Edmond Coignet se sont rendus dans le quartier pour constater les locaux occupés. Face à leur attitude défensive, une assemblée s’est mise en place sur la place Sainte Marthe, avec musique, banderoles et slogans pour défendre les lieux occupés pendant le week-end. Plusieurs hommes, sûrement alertés par les promoteurs et qui ont été reconnus plus tard devant le comico comme des BACeux, se sont approchés d’un des locaux puis ont tenté d’interpeller un de nos camarades. Une vingtaine de flics de différents comicos ont ensuite débarqué et des arrestations ont eu lieu. Dans leurs dépositions, les flics racontent qu’entre 50 et 60 personnes ont tenté de désarrêter le camarade et ont défendu le local occupé, où le collectif d’occupant-es a depuis développé des activités de solidarité et d’entraide au sein du quartier. 5 personnes ont été arrêtées et plusieurs flics se sont fait prescrire des ITT, dont un 15 jours d’ITT.

Nous pensons qu’il est important de réouvrir des espaces d’organisation autonomes et de les maintenir. Nous avons besoin de lieux pour nous réunir, discuter, nous organiser, qui ne soient pas nos appartements personnels quand nous avons la chance d’en avoir. Des lieux pour faire nos banderoles, pour essayer de réinventer des relations sociales horizontales et échanger sur les systèmes de domination qui nous touchent. Des lieux pour se sentir bien. Nous avons le sentiment que ces espaces autonomes disparaissent progressivement de la région parisienne, et nous souhaitons contrer l’idée collectivement partagée qu’il devient impossible de squatter. Ces lieux ne nous seront pas donnés, nous devons les prendre et essayer de les défendre quand ils sont attaqués par les flics ou la justice.

Pendant la garde-à-vue des cinq camarades arrêté-es, des compagnon.nes à l’extérieur n’ont pas laissé le cours des choses se dérouler tranquillement et ont tenté de briser leur isolement : une petite manif sauvage et plusieurs rassemblements devant le comico où iels étaient enfermé.es ont exprimé notre solidarité et notre rage et ont fait pression sur les flics qui ont retardé le défèrement au tribunal car ils craignaient des perturbations. On pouvait lire sur les banderoles « On n’entre pas en lutte sans effraction », « Demain s’ouvre au pied de biche » ou encore « Joyeux GAViversaire ». Les cris et les chants de l’extérieur sont parvenus jusqu’aux oreilles des personnes enfermées, ce qui leur a fait du bien et a réussi à casser la monotonie des cellules et des interrogatoires. Les co-détenu-es aussi semblaient content-es d’avoir entendu la solidarité de l’extérieur.

Appel à soutien pour les camarades en GAV

Un autre rassemblement s’est tenu devant le Tribunal de Grande Instance, pendant leur passage devant le juge des libertés et de la détention, pour montrer qu’iels n’étaient pas isolé.es et attendre une potentielle libération. Après une garde-à-vue de 50h et 16h de dépôt au TGI de Paris, les 5 personnes sont ressorties. Deux d’entre elles ont écopés d’un rappel à la loi, pratique de plus en plus courante permettant d’imposer sans jugement des mesures arbitraires empêchant de s’organiser comme des interdictions de territoires ou de manifs, mais qui ne figurent ni au casier, ni n’engendrent de réelles suites ou menaces judiciaires. Les trois autres sortent avec une convocation pour un procès qui devait avoir lieu le 27 Novembre 2020 pour « violences en réunion sur personnes dépositaires de l’autorité publique » et aussi pour « refus de signalétique ». Ces 3 personnes ont un contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact, le procureur justifiant cela au motif qu’elles avaient gardé le silence pendant leur garde-à-vue. Finalement, lors de l’audience, un report sera obtenu. Le procès aura finalement lieu le 24 février 2021.

L’interdiction d’entrer en contact vise à briser les liens d’affinité et/ou d’organisation entre les inculpé.es, d’instaurer une pression psychologique nuisible au quotidien, et contribue à entraver toute organisation d’une défense collective (ou à minima concertée) efficace au tribunal. De façon générale, comme face à toute autre mesure de contrôle, cela vaudra toujours le coup de le contourner, de l’attaquer et de continuer à s’organiser malgré tout. Les procès et les contrôles judiciaires ont eu l’effet inverse de celui escompté par la justice et ont renforcé la détermination collective. Ils n’ont pas non plus mis fin à la lutte contre la gentrification dans le quartier de Ste Marthe.

Le « refus de signalétique », second motif qui leur est reproché, renvoie au refus de se laisser prendre en photo sous toutes les coutures, de donner ses empreintes et de se laisser mesurer par les flics pendant la garde-à-vue. Il est possible et souhaitable de refuser d’y collaborer, même si cela constitue un délit. Non seulement pour des raisons pratiques, pour éviter de nous retrouver inculpé.es dans le futur sur la base de ces informations. Mais aussi pour des raisons politiques : nous nous opposons au fichage policier. Le fichage et le renseignement sont utilisés dans la construction des enquêtes policières. Ces enquêtes aboutissent à des montages juridiques établissant des liens, souvent fictifs, entre compagnon.nes, ce qui permet leur inculpation, par exemple sous le motifs d’« association de malfaiteurs » comme à Toulouse ou en Italie, ou de « violence en réunion », et servent de terreau pour réprimer et emprisonner celles et ceux qui se soulèvent contre l’État et toutes les formes de pouvoir. Le délit de refus de signalétique, s’il est de plus en plus poursuivi même seul ces derniers temps, reste assez léger, la plupart du temps il est puni d’une amende de moins de 300 euros. Cela vaudra toujours le coup de privilégier une stratégie de long terme en refusant le fichage !

Nous ne souhaitons pas laisser la préparation de la défense entre les seules mains des avocat-es et le contrôle judiciaire ne pourra pas empêcher une approche collective de la préparation de la défense. Nous continuerons à communiquer sur le procès et d’éventuelles actions de solidarité. A travers ces textes nous espérons inciter d’autres personnes à communiquer sur leur procès pour ne pas rester isolé.e. Partageons nos pratiques de défense face à la police et la justice !

Lorque des compagnon-ne passent en procès, le discours officiel est ambigu. Car d’un côté il voudrait faire croire qu’il s’agit simplement de personnes ayant enfreint des lois individuellement. En effet, la justice se vante d’individualiser les peines, d’isoler les faits des contextes sociaux ou politiques pour n’en conserver que le profil social des individus qu’elle doit juger. D’un autre côté, la justice crée de toute pièce des groupes, des « associations de malfaiteurs », des relations entre des individu.es et criminalise des actes politiques en tant que tels, même de basse intensité pour mieux pouvoir les réprimer sévèrement par la suite.

Le système pénal prétend passer sous jugement des faits de manière impartiale. Nous pensons au contraire qu’il est un acteur de la guerre sociale, que l’objectif des institutions actuelles, la justice, comme la police, est de briser les formes d’organisation et les liens que nous tissons entre nous pour lutter contre les pouvoirs qui nous oppriment. Lorsque des compagnon-nes sont attaqués par la police et la justice, c’est l’ensemble du mouvement social qui est attaqué. Et c’est l’ensemble des composantes en lutte qui devraient y répondre et être solidaires. De la même façon, nos comportements individuels face à la police et la justice impliquent en fait l’ensemble du mouvement social. Refuser collectivement de se soumettre à l’individualisation de la justice, c’est contrer le profilage utilisé par les juges pour condamner plus lourdement celleux qui n’ont pas de travail ou de logement. Refuser collectivement de donner ses empreintes, c’est empêcher la justice de condamner les rares personnes qui refusent actuellement de s’y soumettre.

Défendons-nous collectivement de manière autonome et horizontale, et refusons l’isolement !

Discussion sur la répression de la manif du samedi 12 décembre à Paris

Ne restons pas isolé.es face à la répression ! Nous proposons un moment de discussion au Marbré, mercredi 16 décembre à 17h30, au 39 rue des Deux Communes à Montreuil, ligne 9 métro Robespierre, entre les personnes concernées par la répression du 12 décembre et leurs proches, et pour échanger nos expériences et conseils pour y faire face. Nous nous sommes fait arrêter ensemble, nous pouvons nous en sortir ensemble !

La manifestation de samedi dernier a connu une répression massive. L’État a décidé d’écraser la contestation, noyant le cortège sous les charges de la CSI et des BRAV, déployant une quantité de flics démesurée pour détruire la confiance que nous avions dans notre capacité à tenir la rue ces dernières semaines. Cette répression a été facilitée par la dissociation d’une grande partie des organisations et syndicats.

Sur plus de 140 interpellations, en préventive ou pendant la manif, il y a des dizaines de personnes en garde-à-vue, et il y aura sûrement des comparutions immédiates lundi et mardi à partir de 13h au Tribunal de Grande Instance Porte de Clichy, et des procès dans les mois à venir. Compte tenu du contexte médiatique et politique particulièrement offensif contre celleux qui sont considéré.es par les flics et les juges comme « radicaux » ou « d’ultragauche », il paraît important de ne pas rester isolé.es face à la répression. Nous pouvons nous organiser collectivement pour créer des moments de rencontre entre les personnes concernées par la répression du 12 décembre et leurs proches et pour échanger nos expériences et conseils pour y faire face. Nous nous sommes fait arrêter ensemble, nous pouvons nous en sortir ensemble !

Nous proposons donc un moment de discussion au Marbré, mercredi 16 décembre à 17h30, au 39 rue des Deux Communes à Montreuil, ligne 9 métro Robespierre.

Grenoble: nullité dans le cadre d’un procès pour dégradation, refus de signalétique et refus d’ADN

Mardi 17 novembre avait lieu à Grenoble le procès de deux camarades accusées de dégradation, refus de signalétique et refus d’ADN dans le cadre d’une ouverture publique de squat réunissant une centaine de personnes. Ci-après le tract qui aurait dû être diffusé lors du rassemblement annulé du fait du confinement.

L’avocate d’une des camarades a plaidé la nullité de la procédure, estimant que les dégradations étant mineures, elles relevaient de la contravention et non du pénal. Il n’y avait donc pas lieu d’arrêter les personnes et de les mettre en garde-à-vue. Cette nullité étant retenue, les délits de refus de signalétique et d’ADN ont automatiquement été abandonnés.

Le texte prévu pour le tract:

Ces dernières années à Grenoble, la police a pris la fâcheuse habitude de s’attaquer systématiquement aux nouveaux squats. On dénombre ainsi un peu plus d’une trentaine d’expulsions « illégales » qui ont conduit plus d’une soixantaine de personnes en garde à vue pour dégradations. Gardes à vue qui la plupart du temps n’ont mené à rien car elles n’existaient que pour couvrir les expulsions. Cette politique de plus en plus répressive se banalise dans l’agglo de Grenoble rendant toujours plus difficile les ouvertures de squats et laissant de très nombreux logements vides et de plus en plus de personnes à la rue.

C’est encore ce qu’il s’est passé le 20 janvier 2020 lors de l’ouverture publique d’une maison appartenant à l’EPFL (Établissement Public Foncier Local). Cet organe de la Métro est propriétaire des logements vides que les communes lui cèdent en attendant d’avoir des projets à mener sur ces logements et participe donc à la spéculation immobilière. C’est sûrement le plus gros propriétaire de logements vides de l’agglomération, pour le compte des mairies ! L’EPFL et les mairies sont spécialistes de ces magouilles avec la préfecture pour éviter à tout prix que ses logements ne soient squattés! Et le prix est élevé, ainsi ils choisissent de débourser des centaines de milliers d’euros pour murer, barricader et mettre sous surveillance par tous moyens (alarmes, rondes de vigiles…) leurs bâtiments vides, souvent pendant plusieurs années.

Ces politiciens, sous couvert de social, co-construction, développement, aménagement, concertation et autres mots issus de leur novlangue, expulsent les plus pauvres, s’attaquent aux classes et aux quartiers populaires pour laisser place à l’éco-ville aseptisée et bourgeoise de demain avec l’aimable soutien de leurs chiens de garde policiers.

Lors de cette ouverture publique, les deux personnes présentes dans la maison ont été embarquées sous le prétexte frauduleux de « dégradations en réunion » et passent en procès ce mardi 17 novembre.

Et pendant ces temps-là, alors qu’il y a environ 3 millions de logements vides en France, le gouvernement est en train de nous préparer un cocktail de mesures anti-squats dans le but à la fois de faciliter les expulsions expéditives et en même temps d’augmenter la répression judiciaire contre les personnes expulsées. Par exemple, cette loi permettra à «toute personne agissant dans l’intérêt et pour le compte» du propriétaire, c’est-à-dire plus ou moins n’importe qui (voisins vigilants, maire, ou simples passants qui n’aiment pas la gueule de la maison) de porter plainte et de donc lancer une procédure d’expulsion. Cette loi propose aussi de tripler les sanctions pénales contre les occupant.e.s de maisons ou locaux squattés, ouvrant ainsi des nouvelles voies de criminalisations et de répressions (comme s’il en manquait…) contre des personnes déjà en galère de logement.

Rassemblons-nous pour montrer notre détermination à continuer de squatter quand bien même on essaie de nous en empêcher !

Tant que nous continuerons de vivre dans ce monde de merde, ce rouleau compresseur capitaliste, raciste, impérialiste et patriarcal, nous continuerons à nous dresser sur son chemin, à lutter et à être solidaires de celles et ceux qui en subissent la répression. Et tant qu’on vivra dans une ville faite pour accueillir tous les éco-ingénieurs et les skieurs bourgeois du monde, nous continuerons de squatter parce que c’est une nécessité mais aussi un plaisir !

CONTRE TOUTES LES EXPULSIONS!
SQUATTE TA VILLE !

Procès de Gé et du média Ricochets

La montagne accouche d’une souris… – Jugement le 17 novembre

Ce mardi 3 novembre avait donc lieu le procès de Gé pour « provocation à la dégradations, la destruction, la dégradation volontaire dangereuses pour les personnes » en tant que webmaster prétendu du média ricochets.cc. Une plainte déposé par le Préfet de la Drôme lui-même.

Reporté une première fois, le procès se déroule à huis clos avec pour seul public 3 journalistes. Aucun des proches de Gé (à part un.e éventuelle conjoint.e) n’a été autorisé à assister à l’audience pendant que les supermarchés accueillent leurs consommateurs…

La juge principale commence par énumérer ce qui est exactement reproché à Gé au terme de la procédure d’enquête et d’avoir commis l’infraction suivante :
« Pour avoir sur le site ricochets.cc le 26 avril 2020, dans le département de la DROME en tout cas sur le territoire national et depuis temps n’emportant pas prescription, étant webmaster du site internet de publication par tout moyen de communication au public, par voie électronique, en l’espère via internet, directement provoqué à la commission de destructions, dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes définies par le livre 2 du code pénal (Loi du 29 juillet 1881, art.24 (2e), 61 et 62) (Loi du 29 juillet 1881, art 24 (2e), 61 et 62) en l’espèce. »

L’avocat de Gé, Raphaël Kempf pose dans un premier temps différentes clauses de nullité portant sur les termes de l’accusation et sur la procédure de l’enquête. Des clauses de nullité auxquelles la procureure n’a rien à rétorquer au grand étonnement de la juge principale. Comme si elle approuvait l’avocat, mais malgré tout n’osait pas désavouer le préfet et l’enquête ?

Gé est ensuite interrogé par la juge sur son rôle dans les médias. Est-ce lui qui a écrit l’article ? Non lui répond Gé. Est ce lui qui est webmaster du site ou directeur de publication ? réponse négative à nouveau.
Gé décide alors de faire une déclaration pour faire part du préjudice qu’il a subit suite à la perquisition qui a eu lieu à son domicile et à la confiscation de son matériel informatique professionnel qu’il n’a toujours pas récupéré (la perquisition a eu lieu le 9 juillet 2020). Une discussion avec la juge s’engage sur sa situation professionnelle, ses revenus sans plus de questions sur le média ricochets et sur l’article incriminé publié par le site.
Remarquons au passage qu’à aucun moment, ni durant l’enquête ni au tribunal, il n’a été demandé si l’article en question était encore en ligne sur Ricochets.cc. Si cet article était si dangereux que ça, ils s’en seraient inquiétés.

Vient alors le temps des réquisitions qui seront étonnement courte de la part de la procureure qui reconnaît même que les éléments prouvant l’implication de Gé sont faibles, juste le fait que le compte bancaire qui a payé le dernier hébergement du site est le compte de Gé. Elle reconnaît aussi que les investigations sur son matériel informatique n’ont rien donné.
Malgré un dossier d’accusation vide, elle demande tout de même 4 mois de prison avec sursis au grand étonnement de l’avocat de Gé qui prend ensuite la parole.
Ses propos portent alors sur la liberté d’expression et son importance, sur l’article incriminé, qui loin de provoquer une vague de violence a entraîné des discussion politiques et philosophiques sur le fil des messages du site faisant suite à l’article, sur le fonctionnement de ricochets qui est un média participatif. Il a aussi interrogé la disproportion des moyens de l’enquête avec les faits reprochés. En effet, il a été activé lors de celle ci une demande d’entraide internationale, une cellule spéciale d’analyse juridique chargée d’enquêter sur les génocides et les crimes de guerre, 2 perquisitions ont été menées…. pour donner quels éléments ? Une simple reconnaissance du compte bancaire de Gé comme compte qui a réglé l’hébergement du site.
A l’issue de sa plaidoirie il a demandé la relaxe et la restitution du matériel informatique de Gé. La décision sera rendu le 17 novembre.

Alors que dire du procès ? Tout d’abord qu’il est vraiment étonnant que la procureure, qui porte l’accusation n’a quasiment pas parlé et qu’elle a, par sa réaction aux clauses de nullité énumérés par Maitre Kempf et par son réquisitoire rachitique, reconnu que le dossier d’accusation était vide, sans argument probant. Ce qui ne l’a tout de même pas empêché de demander de la prison ! Il semble se confirmer que le but de cette enquête et des poursuites étaient surtout de recueillir des infos sur un ou des militants locaux (traités par les enquêteurs de manière répétée du vocable flou de membres de l’ultra-gauche et autre anarcho-autonome, une qualification utilisée par l’Etat et les mass-médias pour dénigrer les opposants politiques), de faire du fichage, de l’intimidation et du renseignement sur les milieux contestataires de la région, et secondairement d’embêter le média Ricochets qui semble-t-il dérange les pouvoirs.

Alors même que des médias vraiment indépendants et libres sont primordiaux dans une démocratie, (et encore davantage dans le régime policier autoritaire actuel), voilà que des représentants de l’Etat, loin des belles déclarations récentes sur la sacralité de la liberté d’expression, intensifient les nuisances aux médias indépendants de contre-pouvoir. La loi sécurité globale en discussion actuellement à la commission des lois en est un autre exemple (voir cet article de Reporterre). En effet, cette loi propose notamment d’interdire la diffusion d’images de force de l’ordre où le visage de ces forces de l’ordre ou un moyen de les reconnaître apparaîtrait. Une loi qui, si elle avait existé à cette époque, aurait empêché que l’affaire Benalla n’éclate. Une loi qui aurait aussi empêché les enquêtes concernant la mort de Cédric Chouviat et concernant les violences sur Geneviève Legay.

Voir aussi ces articles sur cette proposition de loi liberticide :

Dire aussi qu’il ressort de ce procès une certaine frustration qu’une discussion en profondeur sur la liberté d’expression n’est pas pu avoir lieu faute de répondant aux propos de Maitre Kempf.

Repris de Ricochets.cc