Close

Italie : Haut la tête !

Merci aux compagnonnes et aux compagnons pour cette invitation, nous regrettons de ne pas avoir pu venir plus nombreux. Une présence si réduite de notre part s’explique par les restrictions liées aux lois répressives adoptées par les différents gouvernements, avec le prétexte de la pandémie. On aimerait bien revenir, pour des nouvelles discussions, dès que ça sera possible.

Dans les pages de Vetriolo nous avons défini l’ambiance répressive que l’on vit, en Italie et plus en général dans tout l’Occident démocratique, comme un « tournant autoritaire de type nouveau ». Essayons de mieux nous expliquer, par rapport au sens d’une telle définition.

Une des raisons qui nous ont poussés à chercher une définition spécifique pour l’atmosphère répressive de cette époque historique est notre insatisfaction face aux catégories classiques de l’antifascisme. Certains d’entre nous ne penses pas qu’aujourd’hui existe un danger fasciste. Bien entendu, il y a des nombreux fascistes et ils sont aussi très dangereux, mais certains des compagnons de la rédaction ne pensant pas qu’il existe un danger historique, politique, d’établissement de régimes fascistes en Occident. En effet, nous pensons que le fascisme a été une réponse de l’État face au danger révolutionnaire. Étant donné que, aujourd’hui, il n’y a malheureusement pas le danger d’une révolution sociale, nous ne pensons pas que l’État libéral va se transformer en État fasciste.

Tous les compagnons de la rédaction ne sont pas d’accord avec cette déduction. Par contre, nous sommes tous convaincus de l’inadéquation des catégories classiques par lesquelles le fascisme a été affronté, au cours du siècle dernier. Par exemple, la réponse traditionnelle au fascisme a été incarnée par l’ainsi-dit « frontisme ». Ici en Espagne, vous avez connu le cas classique de « frontisme » : le Front populaire. Le Front populaire est une large alliance de toutes ces forces qui, pour des raisons différentes et souvent radicalement divergentes, s’opposaient à l’avancée des forces de Franco. Il s’agit donc d’une alliance qui voyait ensemble des forces autoritaires et des individualités anti-autoritaires, des forces bourgeoises et des forces prolétariennes. On peur voir les horreurs historiques du Front populaire lorsque des anarchistes deviennent même ministres, dans le gouvernement républicain. Le fait que la révolution sociale n’a pas été vaincue par Franco, mais, avant lui, par les forces du Front populaire est un fait historique : le désarmement des milices, la restitution aux anciens propriétaires ou la nationalisation des entreprises autogérées de Catalogne, le refus de donner leur indépendance aux colonies au Maroc, l’assassinat de nombreux anarchistes de la part des communistes, etc. Des choix, ceux du Front, qui, en plus d’être éthiquement ignobles, ont par ailleurs été contre-productifs même pour la lutte armée contre le fascisme. En Italie, on a connu un exemple encor plus mauvais de frontisme, avec le CLN – le Comitato di Liberazione Nazionale [Comité de Libération National, comprenant tous les partis (à l’exception bien entendu du Parti fasciste républicain), qui a dirigé la Résistance ; NdAtt.]. Le CLN a été une alliance tellement large qu’il a garde ensemble des communistes, des socialistes, des membres de la Démocratie Chrétienne et même des monarchiste. Tous unis, avec l’objectif d’évincer les fascistes et les occupants allemands. Un front tellement élargi qu’il a choisi un ex-dignitaire fasciste, Pietro Badoglio, comme Président du conseil des ministres pour les territoires « libérés ».

Puisque nous pensons que l’antifascisme porte avec soi, dans son ADN, le germe du frontisme, nous préférons ne pas parler de nouveau danger fasciste, pour la période historique que nous sommes en trains de vivre, mais de tournant autoritaire de type nouveau. Cela signifie que aussi la réponse des anarchistes, la seule réponse révolutionnaire possible aujourd’hui, se doit d’être une réponse anti-autoritaire de type nouveau.

Cette hypothèse que nous avançons ne se fonde pas seulement sur les éventements du passé, mais elle trouve une confirmation aussi dans des dynamiques actuelles. Pendant les dix dernières années, nous avons assisté à une lutte pour le pouvoir, partout dans le monde, entre des forces nationalistes, les ainsi-dits souverainistes de la nouvelle droite de Trump, Salvini, Bolsonaro, Orban, etc., et les forces libéristes, les forces de la globalisation, incarnées par les élites européistes, la BCE, le Parti Démocrate aux États-Unis. Ces deux forces qui s’affrontent pour le pouvoir sont toutes les deux nos ennemies. Ces deux factions de la bourgeoisie mondiale sont toutes les deux porteuses du tournant autoritaire de type nouveau. Le fait de nous focaliser seulement sur la lutte contre les droites risquerait de nous transformer en alliés objectifs des libéristes, de l’Union Européenne, des multinationales, de la gauche américaine. On l’a vu justement aux États-Unis, où les luttes antifascistes et antisexistes ont été récupérées, au final, pour amener à la victoire Binden. Un nouveau président qui menace d’être beaucoup plus agressif que Trump en ce qui concerne la politique étrangère (il est déjà en train de menacer la Russie, la Chine et l’Iran).

Les gouvernements changent, mais les politiques restent toujours les mêmes. Le tournant autoritaire de type nouveau a subi une accélération incroyable lors de cette dernière année de pandémie. Tous les gouvernements, de tous les couleurs, ont émané des lois qui sont liberticides en ce qui concerne le temps libre des individus et, en même temps, extrêmement permissives par rapport à la production industrielle. Les contrôle social est passé par les nouvelles technologies, par le amendes, le terrorisme médiatique et l’obéissance de masse. On peut sortir de chez soi seulement pour aller se faire exploiter.

La situation en Italie est particulièrement dure. Pour ce qui concerne la répression de masse, nous avons eu le confinement le plus dur de tout l’Occident. Pendant que 60 millions d’individus étaient littéralement enfermés aux arrestations domiciliaires pour environs 10 semaines, Confindustria [le Medef italien ; NdAtt.] faisait du lobbying afin que leurs usines restent ouvertes, en faisant flamber le nombre des contaminations et en faisant donc rallonger les mesures restrictives pour le reste de la population.

Les lois de répression collective de cette dernière année se sont ajoutées à une législation contre-révolutionnaire déjà très sévère. Les lois spéciales rédigées entre la fin des 70 et le début des 80 du siècle dernier, pour contrer la diffusion de la lutte armée, n’ont jamais été abolies : au contraire, elles ont été progressivement endurcies, au fil de ces derniers trente ans.

Aujourd’hui, des nombreux anarchistes sont soumis à la Surveillance spéciale, une disposition de police qui ne passe même pas vraiment par un tribunal et qui empêche au compagnon qui en est frappé de faire toute activité politique, de participer à des manifestations, de rencontrer des repris de justice, de sortir le soir ou de changer de ville sans en informer à l’avance la police. Si l’on enfreint ces mesures, on risque la prison ou de se faire rallonger la durée de la Surveillance spéciale.

Ces dernières années, des dizaines d’anarchistes ont été arrêtés grâce à l’article 270bis du Code pénal. Un article qui frappe les « associations subversives », donc le simple fait de s’associer, indépendamment du délit précis dont on est accusé. La peine pour le 270bis arrive jusqu’à 15 ans de prison, dans des régimes de détention spéciaux (normalement les prisonniers à caractère politique sont enfermés dans les sections AS2, mais à ce jour il y a encore en Italie trois prisonniers communistes [Nadia Lioce, Marco Mezzasalma et Roberto Morandi, des Brigate Rosse per la Costruzione del Partito Comunista Combattente, les ainsi-dites « nouvelles Brigades rouges » ; NdAtt.] enfermés dans le régime 41bis, la prison dure pour la mafia). L’article 270bis a donc été utilisé, au cours des années, pour frapper non seulement les personnes qui étaient accusées d’avoir effectué des actions directes, mais aussi pour frapper les rédactions de journaux anarchistes, certains blogs, tous les compagnons qui relayaient des revendications d’actions, qui déclaraient leur proximité avec les contenus ou avec les pratiques qui y étaient exprimées, qui organisaient des moments de solidarité ou qui récoltaient de l’argent pour les procès.

Nous voulons raconter tout cela sans aucun victimisme. L’État frappe, souvent au hasard, parce qu’il est attaqué. S’il y a eu une force qui, en ce nouveau siècle, a attaqué le pouvoir, spécialement en Europe et en Amérique Latine, c’est l’anarchisme. Deux compagnons, Anna Beniamino et Alfredo Cospito, ont récemment été condamnés à 16 ans et 6 mois de prison l’une et à 20 ans l’autre, lors d’un maxi-procès qui, au fond, voulait juger toute l’histoire de la Federazione Anarchica Informale. L’histoire de l’insurgence de ces derniers 20 ans est réduite par le pouvoir à l’histoire des vicissitudes criminelles de quelques compagnons. Une histoire qu’ils espèrent pouvoir enterrer en enterrant ces compagnons sous des années de taule.

Mais on ne va pas se plaindre. L’État devient de plus en plus autoritaire, au fur et à mesure que le contrôle social du capitalisme entre de plus en plus en crise. De ce point de vue, il nous semble que l’actuelle pandémie mondiale ne représente pas une nouveauté qualitative, mais un élément d’accélération d’un processus déjà en cours depuis longtemps.

Nous tenons donc à souligner que ce tournant autoritaire de type nouveau, qui frappe les anarchistes et qui frappe désormais toute la société, en général, est en train d’avancer, sans que – en Italie et dans le monde entier – il y ait une modification effective de la forme politique démocratique des États, pour l’instant. Les constitutions n’ont pas été suspendues, les parlements n’ont pas été fermés, les syndicats n’ont pas été dissous. Il s’agit là d’une nouveauté caractéristique du nouveau régime autoritaire du XXIe siècle. Contrairement à il y a 100 ans, le tournant autoritaire d’aujourd’hui a lieu sans coups d’État ni « révolutions fascistes ». Il arrive dans le contexte de la formalité démocratique, voire, en Italie, dans le contexte d’une république parlementaire caractérisée par des gouvernements qui sont généralement faibles et de courte durée. Bref, aujourd’hui l’État est tellement raffiné qu’il est parfaitement en mesure de mettre en œuvre une suspension effective des « libertés » de ses sujets sans porter le moins du monde atteinte à sa structure formelle démocratique, voire en conservant ses crises et ses mésaventures ministérielles.

Nous devons donc éviter de tomber dans le piège d’une dynamique défensive, d’une simple résistance. Il n’y a pas besoin de résister à l’avancée d’un régime dictatorial, il n’y a pas besoin de faire front commun avec les démocrates, les libéraux, la gauche. Il y a plutôt besoin de déclarer la faillite d’une organisation sociale qui se fonde sur l’autorité de l’État et sur la propriété du capital. Nous devons passer à l’attaque, contre une société pourrie, une société qui est désormais gardée en vie en « réanimation ». Couper les tubes de sa perfusion, débrancher la prise. Et recommencer à respirer.

Adblock test (Why?)

Nancy : Incendie d’antennes-relais, 4 ans dont 2 fermes pour b.

Article
Global
Valide
publié
le mercredi 19 mai 2021 à 19:16 |

.


|

Il a été jugé à quasi huis clos, sans avocat, avec pour seul public un journaliste et deux membres de sa famille, tandis qu’une vingtaine de personnes étaient présentes à l’extérieur du tribunal de Nancy pour montrer leur solidarité.

Une dizaine de flics sont venus spécialement pour nous empêcher d’entrer dans le tribunal, et on a eu droit à un laïus du proc sur la justice version sanitaire. Les audiences sont publiques, mais pas trop. seuls des membres de la famille peuvent parfois, « exceptionnellement » entrer. Il s’est gardé de nous dire que ça ne concerne pas les journalistes.

Le compagnon a exigé un report, désirant mieux préparer sa défense, que l’audience soit réellement publique et en présence de son avocate, qui ayant été prévenue trop tard n’a pas pu se déplacer.

Il a réaffirmé son acte et ses raisons. Nous n’avons malheureusement pour le moment pas pu avoir retransmission de ce que qu’il a dit. Le proc a demandé 3 ans et demi dont 2 fermes, les juges l’ont condamné à 4 dont 2 fermes.Pour rappel, le parquet lui avait proposé une CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité). Le deal : 3 ans dont la moitié ferme en échange de ses excuses, ce qu’il a refusé.

Il a 10 jours pour faire appel, des informations suivront.

Alors que le verdict venait d’être rendu, nous avons pu apercevoir B. entouré de matons qui l’ont mis fissa dans une voiture. Nous l’avons suivi sur quelques mètres en lui faisant entendre notre rage et nos cris de liberté

Nous ne nous étonnons pas que les juges aient choisi de refuser le report, de le juger sans la présence de public et d’avocat, d’aller au delà des réquisitions du procureur, et de renvoyer à la prison de Nancy-Maxeville notre compagnon pour de nombreux mois encore.

Ils voudraient nous voir courber l’échine et s’excuser, mais on a pas fini de se révolter ! 
Jusqu’à détruire la dernière des cages !

Des compagnon-ne-s de B.

Email Email de contact:

Adblock test (Why?)

Italie : Nous ne sommes pas tous dans le même bateau

Malacoda / vendredi 30 avril 2021

Ceux qui depuis un an sont prisonniers dans leur studio ne sont pas dans le même bateau que ceux qui vivent dans une villa.

Ceux qui ont été massacrés dans les prisons ne sont pas dans le même bateau que leurs bourreaux.

Ceux qui continuent de tomber malades sur leurs lieux de travail ne sont pas dans le même bateau que ceux qui continuent de s’enrichir.

Ceux qui agissent, attaquent, se révoltent ne seront jamais dans le même bateau que les flics, les indics et les balances.

Contra l’unité nationale
Pour la guerre sociale

Prison de Carcassonne : Il a le virus de la liberté dans le sang

extraits de l’Indépendant / mercredi 28 avril 2021

Ce mercredi 28 avril, un détenu s’est évadé de la prison de Carcassonne. Après avoir réussi à desceller un barreau, il a pu manifestement se faufiler sur les toits avant de passer le mur d’enceinte. Il est resté introuvable jusqu’à cet après-midi. Les services de police et de gendarmerie étaient à sa recherche.

Il s’agit d’un homme âgé de 22 ans qui était incarcéré pour des faits de vols avec effraction et placé à l’isolement, étant un cas contact Covid. […]
Ce détenu âgé de 22 ans a été retrouvé, par la police, ce mercredi 28 avril dans l’après-midi, chez une copine à Carcassonne. Il est actuellement en garde à vue. Cet homme, étant cas contact Covid, était isolé à la maison d’arrêt de Carcassonne. Il s’était évadé quelques heures auparavant dans la nuit.

Hamilton (Canada) : Fuck les flics du Covid !

Norh-Shore Counter-Info / samedi 17 avril 2021

Comme des millions d’autres personnes en Ontario [la province canadienne où se trouve Hamilton ; NdAtt.], je me suis réveillé.e ce matin dans un monde où la police avait reçu le droit de vous retenir à tout moment, de vous interroger, d’exiger des informations sans aucune raison et de donner des ordres qui doivent être suivis. Dans la pratique, beaucoup de ces choses ont déjà lieu, mais le fait que ce qui normalement est un abus soit officiellement reconnu est un choc énorme.

Le gouvernement prétend que c’est pour essayer d’arrêter la propagation du Covid. Ils interdisent à nous tou.te.s de nous asseoir dehors, dans un parc, avec des ami.e.s, même en gardant nos distances, alors que les usines et les prisons continuent de fonctionner à plein régime, car ils font passer les profits avant les relations humaines. Donner à la police un pouvoir accru pour faire appliquer ce genre de règles, c’est juste incroyablement malsain.

J’étais assez énervé.e, alors j’ai fait un tas d’affiches et je les ai collées dans mon quartier, dans East Hamilton. Est-ce qu’elles auraient été meilleures si j’avais pris plus de temps ? Bien sûr. Aurais-je dû mettre « Le Covid existe vraiment » ou quelque chose comme ça, de façon que ce soit plus clair que je ne suis pas un.e anti-masque ou un.e conspirationniste ? Probablement. Mais je dirais qu’il est plus important d’agir, de rendre visible une opposition à ces mesures autoritaires, de façon à ne pas nous sentir tou.te.s effrayé.e.s et seul.e.s.

En tant qu’anarchiste, je crois dans le fait de m’informer, de discuter avec les personnes autour de moi et de trouver nos propres pratiques pour faire face au Covid, des pratiques qui reflètent nos propres valeurs et priorités. Comme avec toute autre loi, même lorsque les choses que nous considérons appropriées sont illégales, cela signifie simplement que nous devons faire un peu plus d’efforts pour trouver les moyens de les faire. Je m’oppose au droit que l’État aurait de nous dicter nos pratiques et nos priorités, et surtout à sa possibilité de les faire respecter par la répression, même si je peux choisir d’adopter des pratiques similaires à celles qu’il suggère.
Certains anarchistes ont fait circuler des textes qui imitent le discours de l’extrême-droite, s’inquiétant de la liberté d’expression de politiciens conservateurs dissidents ou du droit des réactionnaires religieux à se rassembler, ou qui minimisent l’épidémie de Covid. D’autres sont devenus impossibles à distinguer des libéraux et essayent de faire taire les critiques de leurs compas en prétendant que nous essayons de tuer leurs grands-parents ou des trucs comme-ça. Nous pouvons faire mieux.
C’est vrai qu’en ce moment la situation est effrayante. La pression sociale à suivre n’importe quelle connerie autoritaire est très forte, mais coller ces affiches tout.e seul.e en plein milieu de la journée, le week-end, a été une bonne expérience pour parler de ça avec mes voisin.e.s. Nous ne sommes jamais si seul.e.s que nous le pensons.

(Je met ici un PDF de mes affiches, au cas où vous seriez plus nul.le.s en que moi en mise en page. Mais il est facile de faire les vôtres, avec des logiciels gratuits comme Gimp et LibreOffice Draw. La colle avec de la farine, se fait avec trois ou quatre parts d’eau chaude pour une part de farine ; ajoutez doucement l’eau à la farine, en remuant, puis ajoutez-y une bonne dose de sucre).

Solidarité avec les gens de Montréal qui se sont battu.e.s contre le couvre-feu là-bas!

Gardez vos collectifs et vos groupes d’affinité soudés et maintenez toujours une bonne distanciation sociale avec l’État !

Au procès des complotistes, nous ne soutiendrons pas les procureurs.

De la qualification de complotisme comme stratégie de contre-insurrection médiatique

Comme un couteau dans la plaie
J’adore le complot, et puis mes couplets
Parlent de conflit, et quand j’accomplis
Chaque jour un plan plus sanglant ben ça m’plait
Casey

Manifestations anti-masques, anti-confinement, anti-vaccins, anti-5G : taxées de complotistes, ces luttes sont désertées par les anarchistes et deviennent un terrain de choix pour l’activisme d’extrême-droite. Pourtant leurs motivations, si elles sont à combattre par certains abords — notamment le racismes dont certaines sont empreintes et l’impuissance à laquelle elles peuvent amener —, sont loin d’être toutes fantaisistes ou stupides, comme le laisserait croire une certaine médiatisation. Ne nous laissons pas happer par une stratégie classique de division des opposants par les pouvoirs en place.

La première chose à noter, c’est le beurre que fait le pouvoir de ce qualificatif. Dès que se présente une opposition qui ne rentre pas dans les cadres journalistiques habituels (féministes radicales, islamo-gauchistes, zadistes, racaille… vestiges d’une période où l’on parlait plutôt de judeo-bolcheviks ou d’hitléro-trotskistes), le qualificatif de complotiste semble tout trouvé. D’un côté donc, la diabolisation (isoler les radicaux) ; de l’autre, la décrédibilisation. De la pure stratégie contre-insurectionnelle. Il faut dire que mettre tous les manifestants dans le même sac que ceux qui pensent que la lune est vide et faite de béton, c’est du pain béni pour les faire passer pour des dingues et ne pas retranscrire ce qu’ils disent.
Complotiste, donc, celui qui dénonce les directives contradictoires du gouvernement sur le port du masque, ou qui s’étonne qu’on interdise les masques artisanaux en tissus quand les municipalités en ont fourni des similaires. Complotistes aussi, les randonneurs qui croient que les clusters ne se forment pas en plein air. Complotiste encore celle qui viendra se plaindre des maux de tête qu’engendre l’antenne-relais qui se trouve sur son toit. Même les soignants qui noteront que les vaccins contre le covid n’ont pas subi la batterie de test habituelle, l’étude des conséquences à long terme, notamment sur la grossesse et la tératogénie, se retrouveront parqués dans les rangs des illuminés qui ne méritent certainement pas d’être interrogés par France Info. S’il existe dans toutes les luttes mille raisons de se mobiliser, les journalistes choisiront forcément celles qui paraissent les moins crédibles pour les piétiner plus aisément.

Confusion, confusion – it’s such a terrible shame
Confusion, confusion – you don’t know what you’re saying
Electric Light Orchestra

Des théories fumeuses, internet en regorge, et il se trouvera toujours des naïfs pour les propager, mais il importe déjà de ne pas toutes les considérer d’un bloc.
Il existe des théories délirantes faisant intervenir la platitude de la terre, les reptiliens et les nazis sur la face cachée de la lune. Il y en a d’autres qui sont à combattre, car elles relèvent d’un racisme paranoïaque assumé. Dans ces dernières, le malaise social se désigne des boucs émissaires bien galvaudés (les arabes, les juifs…) pour venir porter la misère du monde, quand bien même le fait que ces théories ne soient en rien inconciliables avec les intérêts des dominants devrait nous mettre la puce à l’oreille.
Mais il y existe aussi beaucoup de théories dites « du complot » car elles viennent énoncer des faits spectaculaires au moyen d’analyses peu rigoureuses, mais qui identifient généralement bien les enjeux (intérêts économiques des puissants) pour délirer ensuite sur les fuites de virus des laboratoires chinois, russes ou américains. Souvent, leurs cibles ne sont pas si éloignées des nôtres : industrie pharmaceutique, agriculture intensive, finance internationale, capitalisme numérique. Si des individus s’imaginent que Bill Gates va vouloir pucer les enfants en Afrique avec le vaccin anti-covid, la dénonciation est évidemment plus que douteuse, mais l’idée n’est pas si éloignée de la réalité. D’une part, le traçage (sous d’autres formes) est de plus en plus présent dans nos vies ; d’autre part le philanthropisme est discutable lorsqu’il vient saper tous les fondements de médecine traditionnelle qui résistent encore sur certains continents pour rendre des populations entières dépendantes de l’industrie pharmaceutique. En un sens, beaucoup de gens comprennent au moins de quel côté vient le danger.
La spécialité de l’orthodoxie journalistique, c’est de confondre volontairement pour mieux les saper tous ceux qui contestent son monopole. Ici, il s’agit de faire notre choix : est-ce que nous souhaitons aussi, comme les quotidiens régionaux, comme BFM, journaux qui ne sont pourtant pas exempts de manipulation du réel, ridiculiser celui qui nous parle de complot mondial des élites en le taxant immédiatement d’antisémite stupide, ou est-ce qu’il ne serait pas plus intéressant d’analyser de manière un peu moins caricaturale et personnalisée en quoi, effectivement, il existe du corporatisme et de la cooptation chez le puissants, des volontés de domination qui ne semblent pas s’arrêter à la surface de la terre (cf Elon Musk et ses projets de gouvernance sur Mars) et un capitalisme débridé qui a depuis longtemps colonisé toute la planète ?

Et les hautes sphères conspirent, s’entêtent et aspirent
À pourrir jusqu’à l’atmosphère que je respire
Casey

Du complot, évidemment, il y en a. Fabrication de crises économiques et assassinats de dirigeants marxistes en collusion avec les puissances impérialistes (Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Che Guevara, Salvador Allende…), stratégies de la tension (voir les attentats de la piazza Fontana et la collusion entre extrême-droite et réseau stay-behind Gladio, au su de tous les gouvernements successifs italiens), explosions de bombes contre des écologistes (à bord du Rainbow Warrior ou dans la voiture de la porte-parole d’Earth First Judi Bari), élimination des opposants comme les leaders des Black Panthers, les exemples ne manquent pas. Si les services secrets agissent dans l’ombre, c’est moins pour protéger leurs activités que leurs crimes. De manière moins sanglante mais pas forcément moins meurtrière, on ne compte plus les réunions secrètes qui se sont tenues entre grands patrons industriels et financiers pour lutter contre leurs détracteurs, lancer des campagnes de lobbying, préserver leurs monopoles, empêcher toute régulation ou limitation étatique et augmenter leurs profits aux détriments des populations.
On pourrait plutôt dire que le complot manque, mais du côté de la révolution. Si les puissants s’organisent, cela fait bien longtemps que les blanquistes sont morts, le Komintern a été dissous, le léninisme écrasé, et que les soulèvement populaires peinent à se structurer et à trouver des manières durables de s’opposer aux pouvoirs en place. La moindre révolte ne naît jamais sans discussions secrètes, où l’on tente de partager des analyses et de se rassembler, à l’insu de la police.

Everybody knows the fight was fixed,
The poor get poor, the rich get rich
That’s how it goes, and everybody knows.
Leonard Cohen

Nier le complot, cela ne fait donc aucun sens. Ce que l’on pourrait opposer en revanche aux complotistes, c’est qu’il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin pour le trouver. On peut lire les journaux avec un regard critique, chercher ceux qui sont plus indépendants. Retrouver les chiffres, les confronter. Suivre les courbes de la bourse et des profits. Se renseigner sur les crimes passés et avérés des puissants. Tout est là, et suffirait à noircir plusieurs tonnes de documents à charge. Finalement, ce que l’on lit partout, c’est que des êtres humains sont prêts à tout pour du pouvoir et de l’argent, qu’avoir rend toujours plus avide, que notre système économique pue la mort et que seule une improbable révolution pourrait nous sortir de là.

Pourquoi suis-je si marginale ?
Épouse la cause du faible de façon machinale ?
Ne vois que du complot dans les lignes du journal ?
Casey

On ne peut que louer l’attitude qui engage lesdits complotistes à se méfier d’un journalisme à la solde d’intérêts économiques et politiques. Des sociologues ont amplement montré les logiques qui animent les médias de masse, incitant nos informateurs officiels à se copier les uns les autres à la recherche du buzz, à peu vérifier leurs informations, à se vautrer par terre pour l’audimat. On sait aussi quels grands groupes ou millionnaires détiennent les médias, et comment les rédacteurs doivent se plier aux intérêts de leurs actionnaires, quand bien même ils auraient le courage d’exercer leur sens critique. On peut aussi se demander pourquoi ce que l’on étudie au lycée comme de la propagande gouvernementale devrait s’arrêter à certaines frontières historiques (la dernière guerre mondiale) ou géographiques (dans les régimes autoritaires mais certainement pas en démocratie), comme le nuage de Tchernobyl derrière les Alpes.
Il semble donc plus sensé de prendre du recul face à l’information officielle plutôt que de l’écouter benoîtement. Mais voilà, lorsque que l’on s’aventure en dehors des sentiers battus, on peut rencontrer de tout et n’importe quoi. Et c’est là qu’on ne pourra que déplorer l’absence de rigueur dans la recherche, de recoupement des informations, de vérification des sources, qui mène de nombreuses personnes à troquer une escroquerie contre une autre, un mensonge cynique pour une contre-vérité délirante.

Sympathy for the devil

Il y a aussi que de nombreuses analyses offrent des réponses faciles à des questions sociales qui n’en finissent plus de causer problème. À les en croire, toute l’intrigue était tissée d’un même fil, comme dans un roman policier. Une fois le coupable trouvé (Rockefeller, Elon Musk, les juifs ou les francs-maçons), tout retrouve un sens, et on peut s’endormir. La réalité est évidemment toujours beaucoup plus complexe, avec un entrecroisement d’acteurs et de mobiles multiples. La réponse qui consiste à s’imaginer un ennemi beaucoup trop puissant est bien commode, en ce qu’elle empêche de se donner le moyens de lutter contre. C’est là la différence majeure avec nos analyses politiques, qui, lorsqu’elles identifient un problème systémique, doivent nous offrir la possibilité de le combattre. En voyant comment un mécanisme général s’enracine dans des réalités locales, on peut se regrouper, s’armer contre lui, et éventuellement le mettre en échec. Par exemple, plutôt que de dénoncer le puçage vaccinal de Bill Gates et la création du Covid par les laboratoires chinois – ce qui nous met forcément dans une position d’impuissance –, on peut critiquer les avancées du fichage des populations, et déjà penser aux moyens de lutter contre le « passeport vert » et les QR codes aux entrées de bar. Ou encore, lorsque l’on déplore l’emprise de la méga-machine numérique sur nos vies, il est intéressant de noter sur quelles infrastructures matérielles (donc attaquables) elle repose. Si l’on veut se donner les moyens de notre critique, il nous faut retrouver une prise sur les choses.

Et qu’il ne faut pas cautionner
L’irréalité
Sous des aspérités absentes
Et désenchantées
De nos pensées iconoclastes
Et désoxydées
Par nos désirs excommuniés

Les Inconnus

Cependant, à trop regarder la paille dans l’œil du complotiste, on en oublierait que si des théories absurdes se diffusent, c’est parce que le champ est bien vide face aux mensonges du pouvoir. Si un film comme Hold up, malgré ses incohérences et ses vrillages, a pu rencontrer un tel succès, c’est parce qu’il est un des rares documents à avoir accordé la parole à des individus critiques des vérités officielles, alors que les grands médias avaient fait de Didier Raoult l’unique opposant audible au choix de traitement du covid. De rares contre-discours cohérents à la gestion de l’épidémie ont tardé à émerger dans les journaux indépendants, et ils n’ont généralement pas été entendus. Le nombre de vues de Hold up atteste sûrement moins du complotisme des français que de l’incapacité des militants à diffuser des analyses politiques pertinentes dans des cercles plus larges que nos propres milieux, d’une paresse ou d’une réticence à s’en donner les moyens.
Face au pullulement de théories absconses, une des stratégies consiste à en dénoncer les arguments fallacieux, de manière quelquefois sérieuse, mais souvent dogmatique. C’est le rôle qu’assument les correcteurs de fake news des médias dominants, jaloux de leur monopole de l’information, au sein d’une institution qui prend l’eau de toute part, ne recueille plus aucune confiance et mise plutôt sur le lynchage des complotiste que sur un recadrage qualitatif de son propre appareil. Si l’on ne peut évidemment pas donner tort aux journalistes quand ils contestent, preuve à l’appui, des informations fantaisistes, combien d’entre eux auront en revanche eu le courage et l’indépendance d’esprit de critiquer, rien qu’un tant soit peut, la gestion ubuesque et autoritaire de l’épidémie de Covid 19 par le gouvernement ? Face à ces chiens de garde, les porteurs de chapeaux en aluminium nous restent infiniment plus sympathiques, ne serait-ce que parce qu’il existe encore avec eux une possibilité de dialogue.

Il ne faut pas oublier le temps qu’ont mis beaucoup d’anarchistes à rejoindre les manifestations Gilets jaunes, quand la presse les qualifiait de poujadistes d’extrême-droite. Et s’il y avait une part de vrai dans cette stigmatisation, beaucoup de flou et d’indécision politique, c’est bien en partie parce que nous avons été sur le terrain, combattant le racisme et le nationalisme auxquels nous pouvions être confrontés, que le mouvement a pris une coloration sociale et libertaire qui n’était pas jouée d’avance. Il en va de même avec les complotistes. Lâcher certaines luttes que l’on décrédibilise à ce titre serait une grave erreur.

Reprendre la nuit, un appel à l’organisation et à l’action

Refusons-nous à ce que les rues désertes soient le seul terrain de jeux des corps policiers. Rappelons-nous aux un.e.s et aux autres qu’on est toujours là et qu’on n’a pas moins la rage qu’il y a un an.

Ne leur cédons pas la nuit.

Article trouvé sur un media du quebec, contrepoints.media. Le Quebec ayant un couvre feu à partir de 20H, ce texte est relayé ici pour sa résonnance de ce qu’il se passe ici en France.

La pandémie nous a pris de court. On s’est retrouvé.e.s coincé.e.s entre le désir de refuser la logique répressive du gouvernement et la peur de tomber dans le piège du conspirationnisme, entre la nécessité de reconnaître les dangers réels posés par la pandémie et la volonté de comprendre et dénoncer ses causes structurelles.

Pendant un temps, on n’a pas su comment prendre notre place dans le nouvel échiquier politique. Face à la difficulté d’articuler un contre-discours cohérent, beaucoup ont choisi d’attendre et ont accepté, pour un temps, de se rallier aux politiques gouvernementales. Il y a eu des tentatives d’organisations politiques avortées, des replis individuels ou en petits groupes. On a continué à lutter comme on pouvait, dans un contexte où l’apathie gagne du terrain et ou la vie se referme de plus en plus.

Le couvre-feu est venu donner un éclairage sur une situation qu’on peinait jusqu’alors à démêler. Ce n’est pas la mesure « de trop », c’est celle qui met en lumière pourquoi on ne peut se ranger aveuglément derrière les consignes du gouvernement pour penser la pandémie. Pourquoi on n’aurait jamais dû accepter de se laisser tomber dans une telle complaisance envers l’élite politique. Parce que l’objectif de la CAQ [1] est limpide : rassurer son électorat et maintenir à tout prix le productivisme capitaliste, et ce, aux dépens de la vie des plus vulnérables.

Il est temps de s’organiser et d’agir. Temps de se réapproprier le discours et l’action politique, de combler le vide qu’on a laissé s’agrandir depuis un an. On se doit de reprendre l’espace urbain, de démultiplier les drops de bannières, l’affichage sauvage, les graffitis, les actions directes. Il nous faut recréer les complicités, chercher nos allié.e.s, élaborer des nouvelles façons de se mettre en action sans se mettre en danger collectivement.

Refusons-nous à ce que les rues désertes soient le seul terrain de jeux des corps policiers. Rappelons-nous aux un.e.s et aux autres qu’on est toujours là et qu’on n’a pas moins la rage qu’il y a un an.

Ne leur cédons pas la nuit.


[1] Coalition avenir Quebec – parti de droite dont le premier ministre du quebec fait parti

Crest (Drôme) : Pourquoi avons nous recouvert de peinture et d’huile vidange la vitrine de la mutuelle Aésio ?

reçu par mail / vendredi 22 janvier 2021

Un an.
Un an bientôt que nous vivons enfermé.e.s, isolé.e.s, contrôlé.e.s. Un an bientôt que pour une guerre contre un ennemi invisible nous subissons des consignes sous le poids de la peur, la culpabilité. Pour les plus précaires, sous la menace de se voir couper le budget bouffe mensuel, pour un masque mal mis ou une absence d’attestation. Pour les habitant.e.s des banlieues, sous la menace d’une sortie qui peut se transformer à tout moment en bavure.

Il y a bientôt un an, un être vivant microscopique a paralysé tout un pan de l’économie mondiale, vidé les rues de New-York et dégagé nos cieux lardés de pollution. La mondialisation, qui incarnait la toute-puissance de l’espèce humaine, est devenue sa plus grande faiblesse. Le virus s’est emparé de tous les circuits marchands pour établir sa lente avancée et éveiller dans nos esprits terrifiés une réalité oubliée pour beaucoup : derrière notre société aveuglée par le divertissement et cajolée par la médecine moderne se cache la mort, notre mort, qui avance implacablement vers son but.

Face à cela on a vu un pouvoir, d’abord déstabilisé, profiter, comme d’accoutumé, de notre terreur et notre paralysie sociale pour faire passer les décrets les plus liberticides, les lois les plus autoritaires (sécurité globale, loi séparatisme, accélération du programme 5G.etc).

Les différents confinements/couvre-feux nous condamne à vivre individuellement nos révoltes et sabote toute possibilité de nous organiser à nombreux.ses. Pour la première fois, on s’est vu refuser l’accueil chez un.e ami.e, un parent, on a laissé des proches fêter l’année seul.e.s parce que le « quota » de distanciation sociale ne pouvait être dépassé.

On a suivi l’agenda du gouvernement sans broncher et les médias ont produit un climat de peur généralisé derrière lequel nous nous sommes tout.e.s mis en rang, or, hormis les rares personnes qui ont eu des proches décédé.e.s du virus, dans les rues, dans les campagnes, force est de constater que cette guerre n’a rien de palpable. Si tu as la chance de n’avoir ni télé, ni ordinateur, ni téléphone chez toi tu pourrais sortir dehors et ignorer tout de ce fameux conflit que les dirigeants nous ont appelés à soutenir. La seule chose qui la rend palpable, ce sont ces personnes qui changent de trottoir quand elles te croisent sans masque, c’est cet.te ami.e qui te refuse le gît quand tu toques chez lui/elle parce « qu’on ne sais jamais ». Ce sont ces infirmier.e.s qui affichent des banderoles d’indignation à leur fenêtres.

Nous autres, qui suivons le monde depuis les fils d’actu’, nous voilà ballotté entre les différents rapports d’experts (souvent contradictoires), les conseils de défense, le pouvoir des laboratoires et celui de la médecine, qui sont si inatteignables que nous en avons toute emprise sur nos corps et nos libertés.

Au bout de quelques mois, une grogne a tout de même commencé à se faire sentir dans les chaumières. Face à cela le pouvoir a répondu en désignant un responsable : la jeunesse et ses fêtes clandestines. Il produit ainsi un énième scénario de division pour que nul ne s’attarde sur sa propre responsabilité.

Sans honte une génération de seniors s’offusque, pointe du doigt la jeunesse irresponsable. Non contents d’avoir condamné notre avenir, les boomers sacrifient notre présent.

Mais la responsabilité de cette crise ne peut être imputée à un conflit de génération. Depuis des décennies se succèdent les gouvernements libéraux qui dévorent peu à peu les acquis sociaux du dernier siècle.

Les « soignant.e.s », envoyé.e.s en ligne de front dans cette guerre, luttaient déjà avant la crise pour conserver leurs emplois et contre la gestion entrepreneuriale imposée aux hôpitaux publics par les dirigeant.

(A cette époque, on voyait peu de monde sur les balcons pour applaudir les infirmier.e.s et médecins en lutte).

Derrière les mesures d’austérité visant à nous faire perdre peu à peu les acquis sociaux et notamment ceux des hôpitaux publics, on trouve les lobbyings financiers qui cherchent à s’emparer de ce marché juteux. Ces monstres avancent leur pions prétextant la nécessité de rembourser la « Dette Éternelle ».

Aésio, par exemple, qui est le nouvel avatar monstrueux de la mutuelle Adrea, essaye depuis un an de vendre la clinique mutualiste de Grenoble pour la faire basculer dans le privé. L’objectif des intérêts privés étant de permettre le dépassement d’honoraires, à charge du patient, supprimer tous les actes les moins rentables tel que le service des urgences, ceux de cancérologie ou ceux de maternité.

En faisant cela, les mutuelles se désengagent de l’aide aux plus précaires* (*ce prononce en serrant les dents). On pouvait s’y attendre.

Nous cherchions un responsable, nous en avons trouvé un. Ainsi, dans la nuit du 21 au 22 janvier nous nous sommes donné de la force entre ami.e.s, nous avons fait ensemble le choix de briser le couvre feu et nous avons tagué, jeté des œufs de peinture et d’huile de vidange sur la devanture de la société Aésio.

Nous espérons que ce geste vous donnera du courage pour rompre la chape de plomb de cet isolement et passer à l’action.

A bientôt dans la rue.

Des vivant.e.s mortel.le.s

Nantes : Examens sous Covid ? Non, feu destructeur !

extrait du Monde / lundi 11 janvier 2020

Un incendie volontaire a touché un bâtiment de l’université de Nantes, dans la nuit du dimanche 10 au lundi 11 janvier, a appris l’Agence France-Presse (AFP) auprès de l’institution et de la police. Des examens devaient s’y tenir lundi. Cet incendie n’a pas fait de victime, mais a rendu les lieux inutilisables.

« La présence de tags sur place montre l’intention des auteurs de l’acte d’empêcher la tenue des examens », explique dans un communiqué l’université de Nantes, précisant que « la façade du bâtiment est fortement dégradée avec un départ de feux depuis les deux portes d’entrée, le rendant inutilisable pour une durée indéterminée ».

« Partiels en distanciel ou pas de partiels du tout », « Examen sous Covid », « Foutage de gueule » figurent parmi les tags retrouvés [France Info cite aussi « Les points dans les partiels pas dans les retraites »; NdAtt.] « sur les murs du gymnase, également sur un muret au niveau d’une entrée et à l’arrière du bâtiment », a détaillé la police. « A l’arrivée des pompiers des poubelles étaient en feux devant ces deux portes d’entrée » de la halle du Service universitaire des activités physiques et sportives (Suaps), où les tables étaient prêtes pour la tenue d’examens, a décrit la police. Elle a, par ailleurs, précisé qu’il s’agissait d’un « incendie criminel ». […]

Biélorussie : Des nouvelles des anarchistes en prison

Anarchist Black Cross Belarus / vendredi 25 décembre 2020

Affaire des partisans

Depuis la semaine dernière, les anarchistes inculpés dans l’affaire des partisans ne sont plus autorisé a recevoir la visite de leurs avocats, dans le centre de détention du KGB, à cause de la quarantaine, récemment introduite. Les prisonniers ne reçoivent que la correspondance de leurs familles et très rarement celle de leurs compas/ami.e.s.

Tel Aviv, lors de la semaine de solidarité avec les anarchistes et les antifas emprisonné.e.s (« Svoboda » = liberté)


Leurs proches signalent qu’avec l’instauration de la quarantaine, les Tchékistes laissent rentrer dans le centre de détention seulement la nourriture et refusent les vêtements chauds et les produits d’hygiène.

Ce n’est pas clair combien de temps durera la quarantaine. Dans la prison d’Okrestina [où sont détenues des personnes en attente de jugement, notamment des nombreux.ses opposants à Loukachenko ; NdAtt.], par exemple, le régime a utilisé le coronavirus comme excuse pour fermer le centre de détention aux avocats et restreindre la réception des colis. Là bas, ce régime de détention est en place depuis plus de 3 mois.

Nous pensons que la quarantaine dans une prison politique, ce qui est en fait le centre de détention du KGB, est une tentative de mettre une pression supplémentaire sur les prisonnier.e.s et de les isoler davantage du monde extérieur.

Igor Banzer

Il y a plus d’une semaine, l’anarchiste Igor Banzer a été transféré de la prison de Grodno au centre psychiatrique de Novinki, pour y passer des examens. La raison officielle de cette mesure répressive est le refus d’Igor de communiquer avec le psychiatre de la prison sans la présence d’un avocat.

Nikolai Dziadok

Comme on le sait, Dedok est toujours maintenu sous pression. Il est maintenant en quarantaine, jusqu’au 27 décembre. Pendant cette période, les contacts avec son avocat sont interdits. Il y a quelques jours, il a été rapporté que Dedko était en danger de mort dans le centre de détention de Volodarka.