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Discussion en présence d’anarchistes russes à propos des manifs contre le pouvoir en Russie

Manifestations contre le pouvoir en Russie : discussion en présence d’anarchistes russes

Ce samedi à 15h, au squatt le Marbré 39 rue des 2 communes à Montreuil, nous organisons une discussion publique en présence de camarades anarchistes russes et biélorusses.

L’arrestation de Navalny, un homme politique représentant l’opposition libérale à Poutine, a servi de déclencheur à une colère populaire allant bien au-delà de sa personne et de son programme. Cette colère porte à la fois sur les conditions de vie misérables pour une partie toujours grandissante de la population que la répression visant n’importe qui s’organisant pour se défendre face au pouvoir.

Les grandes villes, aussi bien que des plus petites communes n’ayant jamais connu de mouvement politique contestataire de cette ampleur, ont vu défiler des milliers de manifestant·es. Depuis le 23 janvier, on compte déjà plus de 10,000 interpellations.

Comment analyser ce mouvement ? Dans quel contexte politique s’inscrit-il et quels sont les espoirs des manifestant·es ?

Quels parallèles peut-on esquisser avec les manifestations ayant secoué la Biélorussie ces derniers mois ? Enfin, quelles sont les perspectives des anarchistes russes sur le mouvement en cours ?

Nous allons essayer de discuter de toutes les questions que ça nous évoque ensemble. La discussion sera accompagnée d’une auberge espagnole : n’hésitez pas à ramener à manger et à boire !

A samedi, en espérant vous voir très nombreu·x·ses ! RDV à 15h au Marbré, 39 rue des 2 communes à Montreuil !

La solidarité est fragile – réflexions sur l’affaire du « Réseau » par l’ABC Dresde

Indymedia Nantes / lundi 20 avril 2020

Environ un moins avant que toute l’Europe ne soit enfermée par les États nationaux, dans différents endroits du monde le mouvement anarchiste fut secoué par les nouvelles de Russie autour de l’affaire du « Réseau ». Le portail progressiste « Meduza » (1) a publié des informations selon lesquelles certains accusés de Penza furent impliqués dans le meurtre de deux personnes pendant leur cavale. Cette information a ramené la discussion sur la façon d’organiser la solidarité et quelles sont les limites de notre solidarité. Bien que nous ne nous trouvons pas dans la région, nous avons une connexion avec nos compagnon-nes en Russie. Nous avons organisé de nombreux événements pour les accusé de l’affaire du « Réseau » dans la ville de Dresde. Par exemple, une soirée fin décembre, où nous avons encouragé les personnes à écrire aux anarchistes et antifascistes russes incarcérés.

Ce texte n’est pas une attaque contre la campagne de solidarité et contre le mouvement anarchiste en Russie. Nous l’écrivons pour poursuivre avec des discussions – seulement de cette façon nous pouvons apprendre et éviter de répéter les mêmes erreurs qu’avant.

La création du « Réseau »

Nous pensons que la plupart des personnes qui lirons ce texte connaissent déjà l’histoire de cette affaire. Mais nous allons en donner une version courte afin que tout le monde soit au même niveau.

En janvier 2018, le mouvement anarchiste et antifasciste en Russie et à travers le monde fut choqué par les arrestations et les tortures de plusieurs anarchistes et antifascistes à Saint-Pétersbourg. Les personnes furent détenues, amenées dans la forêt, torturées dans les établissement de détention, tandis que leurs proches ne savaient pas ce qu’il leur arrivait. Ceux qui étaient en prison admirent leur participation au soi-disant « Réseau », cependant ces témoignages furent retirés par tout le monde sauf une personne, qui niait avoir été torturé par le FSB. La commission des Droits Humains rendit visite aux arrêtés en prison et enregistra de multiples traces de torture.

Malheureusement après les actions du FSB à Saint-Pétersbourg, des personnes dans d’autres régions découvrirent que la même situation avait eu lieu à Penza plusieurs mois auparavant. Là bas, 6 personnes furent arrêtées et torturées pour former les premières sections du « Réseau » – une organisation anarchiste qui planifiait des actions terroristes pendant les élections présidentielles et le championnat de football en Russie. Ça, c’était la version de la police secrète. Les témoignages pris de personnes tabassées ont peu de connexion avec la réalité.

Après plusieurs mois de la campagne de solidarité, il apparut que la police avait en premier lieu réussi à mettre le grappin sur les militants parce que certains d’entre eux étaient impliqués dans du trafic de drogues – 3 furent détenus pendant la mise en place de dépôts de drogue (2) à Penza déjà au printemps 2017. Au moins une des personnes détenues fut recrutée par la police à ce moment là. Plus tard le FSB décida d’avancer avec la création du « Réseau ». Au même moment en Russie le FSB commença l’affaire contre des groupes d’extrême droite qui planifiaient les mêmes actions que le « Réseau ». Les deux cas semblaient être une campagne dont le but était d’effrayer le public quant à la menace de groupes armés provenant des anarchistes et de l’extrême droite.

La campagne de solidarité

Depuis presque le début l’affaire a eu une énorme résonance, pas seulement dans les cercles anarchistes mais parmi les progressistes également. Rapidement, la narration selon laquelle des militants innocents qui n’étaient impliqué dans rien d’illégal pris forme. Que ce soit clair, ce n’est pas quelque chose de nouveau. Assez souvent les idées politiques des anarchistes et antifascistes poursuivi-es sont adoucies afin d’obtenir le soutien de l’opposition libéral à Poutine. Dans le cas du réseau ça a très bien marché avec des politiques, des acteurs-rices et des chanteurs-ses célèbres ont exprimé leur soutien à ceux qui ont été torturés.

Cependant ça va forcément avec un prix à payer. Pour obtenir un tel soutien aussi large, les militants poursuivis été supposés être présentés comme des gens biens avec un fort fond moral. Ils faisaient de l’airsoft et avaient des projets sociaux. Chaque information qui pouvait faire que les choses avaient l’air un peu différentes était occultée au nom de la consolidation de la campagne politique. L’objectif de cette campagne était concentré sur le fait de sortir les gens de prison ou du moins de réduire leur peine au minimum. On croit que personne ne s’attendait à des peines de prison sévères : de 6 à 18 ans de camps.

Il est difficile d’être parfait-e

Et donc avec cette image idéale en tête pas seulement le public général mais également celles et ceux qui organisaient la solidarité étaient poussé-es à soutenir l’image idéal de militant-es qui combattaient Poutine et faisaient tout comme il faut.

En prenant ça en compte la première information cachée un moment par la campagne de solidarité était la coopération d’Igor Shishkin avec la police. Pendant plusieurs mois la campagne de solidarité a nié cette allégation, bien qu’à cette époque Shiskin était déjà assis dans une cellule « spéciale » et une des marionnettes de Poutine lui a offert une télé dans la prison.

Plusieurs mois après, l’histoire des drogues à Penza a fait surface, mais n’est pas devenu publique du tout. A Dresde, nous savions que cette histoire de drogues était à l’origine de la première affaire, mais quant à savoir qui en étaient conscient-e dans les autres groupes de solidarité, ce n’est pas clair.

Il semblait que les problèmes internes étaient terminés, il n’y avait plus de soutien à Shiskins et le reste des arrêtés étaient ensuite présentés comme cibles de la terreur d’État avec la notion que ce sont des gens biens.

En automne 2019 une information paru d’abord en russe, puis en anglais, selon laquelle l’un des militants de Penza, Arman Sagynbaev était impliqué dans de multiples cas de violences sexuelles envers des femmes. Cela incluait le viol ainsi que de forcer des femmes à du sexe non protégé, bien qu’il ait été testé positif au VIH. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase sembla être les tentatives de Sagynbaev de manipuler une des femmes qui le soutenait en prison pour se marier avec elle et avoir des relations sexuelles non protégées. Certaines femmes ont décidé de publier leur histoire et de protéger d’autres femmes afin de ne pas se faire agresser, violer et infecter par le VIH. Certaines de leurs histoires sont en ligne en anglais – http://arman.people.ru.net/en/ (attention : certaines de ces histoires contiennent des descriptions de violence détaillées).

Des personnes de la campagne de solidarité en Russie connaissaient le comportement de Sagynbaev depuis très longtemps. En fait Arman était exclu de nombreuses « scènes » anarchistes dans différentes villes, mais pouvait bouger dans une autre ville et continuer son comportement prédateur. Plus tard la stratégie de certaines personnes autour de la campagne de solidarité fut de dire que de leur point de vue il ne pouvait poser aucune menace aux personnes dehors de la prison.

Cependant, au sein de la campagne il était important de garder une campagne de solidarité consolidée plutôt que de rendre transparent ses comportements précédents. Après la publication, le site Rupression a du prendre une autre position forcée depuis l’extérieur – ne plus du tout soutenir Sagynbaev (3).

Le dernier tournant dans l’histoire vint en février 2020 après la sentence, dans un média progressiste de Penza qui reportait que certains des accusés du « Réseau » de Penza sont suspectés d’avoir assassiné deux de leurs amis liés au business de drogue. Durant plus d’un an ils avaient disparus et c’est seulement en automne 2019 qu’un corps en décomposition fut découvert dans un marais entre Penza et Moscou.

Le noyau de cette allégation fut un témoignage d’une des personnes toujours recherchée par le FSB en lien avec le « Réseau ». Hors de Russie, dans une sécurité relative, il a admis l’assassinat de la personne retrouvée. Il a dit aux journalistes que l’autre personne avait été tuée par Maxim Ivankin et a décrit où était le second corps (le corps fut retrouvée plusieurs semaines plus tard par la police à une centaine de mètres du premier). Les auteurs disaient aussi qu’au moins plusieurs personnes de Penza étaient au courant des exécutions. Dans les conversations cryptées ces exécutions étaient mentionnées comme des problèmes à régler (les avocat-es des accusés affirment que ces cryptages ont été montés par le FSB). Plus tard un second article écrit principalement par la personne en cavale fut publié sur le même portail avec plus de détails concernant le meurtre et comment ça en est arrivé là. Cet article disait que toutes les personnes de Penza savaient pour l’exécution sauf Vasiliy Kuksov. L’article témoin a été traduit en anglais et est dispo ici : https://meduza.io/en/feature/2020/03/10/i-said-sorry-before-i-fired.

Le jour de la publication il apparu que la campagne de solidarité connaissait la connexion au meurtre depuis presque un an, mais avait gardé cette info privée. Il y eu d’abord une sorte d’investigation qui leur amenait à la même conclusion quant au meurtre, mais l’info n’était pas assez forte pour tout clarifier. L’info fut également passée à des journalistes. Elle a commencé à tourné dans la « scène » rumeur, mais il semble qu’elle n’ait atteint aucun groupe anarchiste organisé en Europe de l’est ou de l’ouest.

Le site Rupression commença a parler du mauvais timing de publication. Les auteurs de l’article furent également attaqué et accusé de suivre leur propre agenda. Certaines personnes crurent que la fuite de l’information était une opération policière ou de quelque autre ennemi du mouvement anarchiste. Certains groupes progressistes qui avaient investi beaucoup de temps et de ressources en défense du « Réseau » commencèrent à défendre les militants de Penza plus énergétiquement encore.

Jusqu’à présent il n’est toujours pas clair si certaines personnes de Penza sont en effet impliqués dans le meurtre. Exceptée la personne hors Russie, personne n’a pris responsabilité pour la situation.

Comment en est-on arrivé là ?

Pour beaucoup de personnes, le scandale avec Sagynbaev a soulevé des questions sur les infos que les groupes de solidarité peuvent garder pour eux. Après tout, leur décision a mis en danger des personnes qui étaient là pour apporter de la solidarité avec ceux qui ont subi la répression.

Certaines infos ne devraient pas être ouvertes au public si ça peut aider l’accusation et compromettre d’autres personnes. Mais dans ce cas précis toute la crasse qui est parvenue au mouvement par des sources ouvertes étaient en fait connue depuis longtemps par la police. Et donc les arguments selon lesquelles ces informations auraient un effet sur les sentences ne soutien aucune critique. A la place le site Rupression aurait pu écrire sur les moments critiques et justifier leur décision de continuer à soutenir les personnes. Ça aurait engagé la discussion plutôt que d’amener le choc apporté par le média progressiste. Après tout que de telles infos importantes soient venues d’une troisième partie et pas de compagnon-nes à qui nous faisons confiance a été ressenti comme une trahison.

Les appels à la solidarité sont lourdement basés sur la confiance. Je fais confiance au groupe A, B ou C dans leur décision de soutenir une personne dans un cas donné. Je fais confiance au groupe afin qu’il ne me mette pas dans une situation où je serais en danger à cause du comportement horrible de la personne que je soutiens. Les tentatives de retenir des infos par un groupe solidaire affectent de fait les autres collectifs solidaires. La prochaine fois, les appels à la solidarité depuis la Russie seront approchés avec un plus grand scepticisme qu’auparavant. La confiance inconditionnelle entre compagnon-nes est brisée à cause des décisions qui sont faites dans cette solidarité collective.

Nous croyons que seulement si le site Rupression avait rendu sa décision transparente, d’expliquer pourquoi illes continuaient de soutenir les personnes même en ayant les infos sur la drogue, la balance, le prédateur sexuel et le meurtre, alors seulement les personnes qui voulaient les soutenir auraient eu la capacité de se faire leur propre avis. Pour nous en tant que collectif il aurait été tout aussi important dans notre décision de soutien de savoir ce que les arrêtés pensaient eux-mêmes de ces problèmes et si ils réfléchissaient à ce qu’ils ont fait.

Tu prends une certaine décision basée sur l’information que tu as, mais cette décision en influence d’autres. Assures-toi de clarifier ta décision et de ne pas tout garder pour toi ou vous jusqu’à ce que la prochaine personne curieuse mette son nez dans l’histoire.

Certain-es anarchistes, pour répondre à la colère et à la frustration, disent qu’en fait on ne devrait pas attendre des militant-es qu’illes soient parfait-es. Nous avons toutes et tous des contradictions. Cependant, la campagne en elle même essayait de présenter les militant-es comme étant des personnes parfaites. Sinon ça n’avait pas de sens de cacher certains côtés inconvénients de leur histoire militante. Ils voulaient également protéger l’image de l’autre accusé parce qu’ils avaient peur que le soutien s’arrête pour eux.

Certain-es d’entre vous penseront peut-être que cette histoire ne peut arriver qu’en Russie, avec son mouvement antifa « sauvage » et des anarchistes durs qui combattent la main de fer de Poutine. Mais que l’on ne s’y trompe pas : les problèmes en Russie ne sont pas différents que ceux dans de nombreux autres parties du mouvement anarchiste. Et ça montre à quel point la société est merdique si des gens agissent comme ça. La violence sexuelle est présente dans le mouvement, peu importe où on regarde. Le manque d’approches coordonnées rend incroyablement difficile d’aider les survivant-es à guérir et de faire en sorte que les auteurs des violences sexuelles s’occupent leurs problèmes sexistes.

Ici à Dresde, actuellement, nous avons également des affaires de violence et d’agression sexuelles, qui sont ignorées par d’immenses parties de la sphère politique. Dans au moins une de ces affaires, ça en est arrivé au point où la personne qui avait subi les violences a du quitter la ville, tandis que le mec est accepté dans certains cercles politiques sans aucuns changements. Il semble que pour la plupart des gens c’est normal d’agir comme ça du moment que tu apportes assez pour soutenir le mouvement.

La faiblesse des mouvements anarchistes et gauchistes font qu’une contribution à ce problème est d’une valeur majeure sans comprendre la motivation de ces personnes et qui elles sont.

Les politiques du mouvement, où on appelle pas la police et où on se tient au 100 % ACAB sans développer nos propres concepts face à la violence personnalisée et à de sérieux problèmes sociaux, ont rendu presque impossible la gestion de telles choses. L’État fourni les prisons et la punition et les anarchistes n’arrivent pas à fournir une quelconque alternative raisonnable à ça. Pas étonnant que les personnes sujets à la violence et à l’agression sexuelles, à des comportements discriminants décident de se mettre de côté ou de quitter le mouvement en laissant l’espace à des gens comme Sagynbaev.

Le culte du mec révolutionnaire cool n’existe pas qu’en Russie, mais partout, sans considération aucune pour ce qu’est le mouvement révolutionnaire. Certain-es d’entre nous deviennent obssédé-es par la violence et les armes, comme étant un but en soi. On n’arrête de comprendre les objectifs révolutionnaires et on n’est plus critique, pour faire place à l’action. Les mouvements révolutionnaires ne devraient pas être forts à cause d’une mentalité de Rambo mais à cause de nos idées et de nos communautés.

Le manque d’organisation au sein du mouvement anarchiste rend certains types de comportements prédateurs possibles. Il est assez facile de bouger d’une petite scène à l’autre vu qu’elles sont mal connectées entre elles et dans de nombreux cas il existe des problèmes entre elles.

C’est comme pour la drogue dans cette affaire. Ce n’est pas la première fois que la police trouve une entrée dans une partie plus organisée du mouvements à travers la drogue. Il y a 10 ans, ici à Dresde, la police a commencé à enquêter sur le mouvement antifasciste (et en a détruit certaines parties avec un certain succès) par un dealer. Et nous n’avons aucune idée de combien d’autres affaires ont commencé de la même façon. Alors, pense à vérifier tes risques et décide ce qui est important au moment donné de ton activité politique. Peut-être qu’abandonner la drogue est un petit compromis qui fait que ta sécurité et celle des autres autour de toi est un peu plus dur à pénétrer. (4)

Pour résumer, l’histoire autour de l’affaire du « Réseau » a apporté beaucoup de problèmes qui existent au sein du mouvement. Nos tentatives de se présenter mieux que ce que nous sommes en réalité. Le manque d’approche organisée envers les violences sexuelles au sein du mouvement. Le culte idiot du pouvoir et de la masculinité qui produit une mentalité de cours de récré plutôt que des valeurs comme l’entraide, le respect mutuel et la coopération.

Il n’existe pas de solutions faciles face à des situations complexes. Les personnes qui sont actuellement en prison le sont pour des raisons politiques, pas pour leur comportement social.

De toutes façons nous ne voulons pas que des personnes soient emprisonnées et torturées. Nous sommes contre tout le système pénitentiaire, qui reproduit la violence. La prison ne rend pas « les gens meilleurs ». Mais nous ne voulons également pas soutenir des violeurs si nous ne voyons pas une volonté de changer. Les personnes en prison ne vont pas réfléchir au patriarcat, aux questions morales et à d’autres limites si on ne s’occupe pas de ces sujets. Si nous voulons changer la société et l’approche de la punition envers des comportements non voulus, alors nous devrions donner la chance aux personnes de réfléchir à leur comportement et ne pas les peindre en héros ou les laisser à la torture. Peu importe importe ce à quoi peu ressembler notre soutien à des personnes qui commettent de tels actes, on devrait également se concentrer sur le soutien aux personnes qui font face à une telle violence.

Notes :

1. Dirigé par le député Ivan Kolpakov accusé harcèlement sexuel. Il démissionna du site mais en fut ensuite nommé éditeur en chef… (ndt)

2. Dans de nombreuses villes de Russie, les drogues ne sont pas vendues directement aux acheteurs-es à cause de la répression. A la place, les vendeurs-ses en posent secrètement dans la ville et vendent ensuite la drogue par internet. Les acheteurs-ses récupèrent ensuite les coordonnées du dépôt où illes peuvent récupérer la drogue.

3. Une forme de retrait qui nous semble assez étrange…

4. Arrêter la drogue ne devrait pas être un compromis… (ndt)

NdAtt. : traduction de la traduction anglaise, ici

Russie : Ilya Romanov est sorti de prison !

Avtonom.org / lundi 13 avril 2020

Samedi 11 avril, des proches ont pu aller chercher le prisonnier anarchiste Ilya Romanov à la colonie pénale LPU-21 [en Mordovie, dans l’est de la Russie européenne ; NdAtt.]. Le procureur n’a pas fait appel de la décision du tribunal de Zubovo-Polyanski (République de Mordovie), qui a ordonné la libération de Romanov pour des raisons de santé. Nous félicitons Ilya et tous ceux/celles qui se sont battu.e.s pour sa libération de prison !

Le 31 mars, le tribunal avait décidé que Romanov devait être libéré de la colonie pénale, car il est paralysé suite à un AVC.

Ilya Romanov a rejoint le mouvement anarchiste en Union soviétique à la fin des années 80 et il est parmi les ancien.ne.s de ce mouvement. Depuis 1998, il a passé la plupart de sa vie dans les prisons de Russie et d’Ukraine. En 2015, il a été condamné à 10 ans de prison, puisque les autorités affirmaient qu’il avait « justifié le terrorisme » et « préparé un attentat terroriste ». L’affaire avait commencé lorsqu’un pétard a explosé dans sa main, non loin de la commission militaire de Nijni Novgorod. Sa main gauche a dû être amputée à cause de l’explosion.

Dans la colonie pénitentiaire, une nouvelle affaire pénale avait été ouverte contre Romanov. Selon ses avocats, son compagnon de cellule a utilisé son téléphone portable clandestin pour publier des appels au jihad mondial ; il s’agit évidemment d’une machination des autorités. En 2018, il a été condamné à une nouvelle peine de prison et, à l’automne 2019, il a subi une attaque cérébrale qui l’a partiellement paralysé.

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Tour d’horizon des révoltes dans les prisons à travers le globe – Mars/Avril 2020

Russie.
Jeudi 9 avril 2020, une mutinerie incendiaire a éclaté dans la prison de la région d’Irkoutsk en Sibérie orientale. Plusieurs prisonniers de la colonie pénitentiaire numéro 15 de la ville d’Angarsk, à une cinquantaine de kilomètres au nord d’Irkoutsk et du Lac Baïkal, ont notamment brisé des caméras de surveillance et attaqué un gardien, selon les services pénitentiaires régionaux. Dans une vidéo publiée vendredi par le comité d’enquête régional, on voit plusieurs bâtiments de la prison en feu, d’impressionnantes flammes et volutes de fumée s’élevant dans la nuit.
Ce sont les prisonniers qui ont allumé le feu. « L’émeute continue depuis la nuit dernière », a indiqué le service de presse du comité d’enquête à l’agence Ria Novosti.

Colombie.
Mutinerie dans la prison de San Juan de Pasto le 7 avril, dans le département de Nariño, suite à la suppression des parloirs au prétexte de l’épidémie de Covid-19. La révolte a débuté à 6h du matin et a duré 2 heures avec incendies et tentative d’évasion. Trois prisonniers et sept matons ont été blessés (dont un envoyé à l’hôpital). Les prisonniers n’ont pas demandé de désengorgement de la prison, forcément partiel et selon des critères arbitraires ou intéressés, mais ont exigé la « Liberté » immédiate par le gouvernement. La police et les forces anti-émeute de l’armée sont intervenues pour mater les révoltés.
Le 21 mars, plusieurs mutineries avaient déjà éclaté dans treize prisons colombiennes, faisant 23 morts et 83 blessés parmi les prisonniers suite à leur écrasement.

Argentine.
Mutinerie lundi 6 avril dans deux ailes de la prison de Bouwer, située à 17km de Córdoba, en raison de l’épidémie de Covid-19. Il y avait déjà eu une mutinerie il y a quelques semaines, suite à la suppression des parloirs le 20 mars. Sans moyens d’hygiène, les prisonniers demandent à être libérés ou assignés à résidence.

Liban.
Mutinerie dans la prison Qoubbeh à Tripoli le 7 avril. Incendies, affrontements avec les forces de sécurité à l’intérieur et à l’extérieur avec des familles de détenus et des soutiens. Parmi les slogans chantés, plusieurs réclament l’amnistie générale.
Par ailleurs, une tentative d’évasion par tunnel a été déjouée dans la prison de Zahle le 6 avril.

Prison de Sheybani

Les 1er et 2 avril, une révolte éclate dans la prison de Sheybani (province du Khuzestan). En deux jours, il y aurait eu au moins 2 tués et 5 évadés.
Le 30 mars, une émeute éclate à la prison d’Adel Abad, la principale prison de la ville de Shiraz. Plusieurs caméras sont détruites et deux sections sont notamment saccagées…
Le 27 mars
, 73 détenus s’évadent de la prison de Saqqez, dans la province du Kurdistan. Dans la foulée, 20 d’entre eux sont rattrapés ou se rendent d’eux-mêmes aux autorités.
Selon l’agence de presse iranienne Irna, trois autres mutineries ont eu lieu depuis le 21 mars dans des prisons de l’ouest du pays, à Hamédan, Tabriz, et Aligoudarz (Lorestan).
Le 20 mars
, premier jour de l’année iranienne, 23 détenus se sont évadés d’une prison de Khorramabad, capitale de la province du Lorestan, à l’occasion d’une mutinerie nocturne pendant que les gardiens recensaient les prisonniers concernés par une mesure de grâce décrétée pour le Nouvel An.

[Résumé rédigé depuis Démesure]


« […] Au Moyen-Orient, le matin du 16 mars, les équipes anti-émeute font irruption dans deux des plus grandes prisons du Liban, à Roumieh et Zahle, pour ramener le calme ; plusieurs témoins parlent de barreaux démontés, de colonnes de fumée, de prisonniers blessés. En Amérique Latine, le 18 mars, une évasion de masse a eu lieu dans la prison de San Carlos (Zulia) au Venezuela, au cours d’une émeute déclenchée là aussi suite à l’annonce des mesures restrictives : 84 prisonniers réussissent à s’évader, 10 sont abattus au cours de la tentative. Le jour d’après, 19 mars, plusieurs prisonniers de la taule de Santiago, au Chili, tentent la fuite. Après avoir pris le contrôle de leur aile, mis le feu au poste de garde, et ouvert les grilles du couloir, ils s’affrontent avec les matons. La tentative d’évasion échoue et est durement réprimée. En Afrique le 20 mars, se produit une nouvelle tentative d’évasion de masse dans la prison Amsinéné de N’Djamena, capitale du Tchad. Encore en Amérique Latine, le 22 mars ce sont les détenus de la prison La Modelo de Bogotà, en Colombie, qui se soulèvent. C’est un massacre : 23 morts et 83 blessés parmi les prisonniers. De nouveau en Europe, le 23 mars, c’est une section de la prison écossaise de Addiewell qui finit aux mains des révoltés et est dévastée. Aux États-Unis, ce même jour, 9 prisonnières s’évadent de la prison pour femmes de Pierre (Dakota du Sud) le jour même où une d’entre elles avait été testée positive au Covid-19 (quatre d’entre elles seront capturées les jours suivants). Toujours le 23 mars, 14 détenus s’évadent d’une prison du comté de Yakima (Washington DC) peu après l’annonce du gouverneur sur l’obligation de rester confiner à la maison. Encore en Asie, la libération « provisoire » de 85 000 prisonniers de droit commun en Iran ne réussit pas à étouffer la rage qui couve dans de nombreuses prisons : le 27 mars, 80 détenus s’évadent de la prison de Saqqez, dans le Kurdistan iranien. Deux jours plus tard, le 29 mars, une autre révolte éclate en Thaïlande dans la prison de Burinam, au nord-est du pays, où plusieurs détenus réussissent à s’échapper. Mais il n’y a pas que les prisons, puisque même les centres où sont enfermés les immigrés sans-papiers s’agitent, comme le démontrent les désordres qui ont éclaté au centre de rétention de Gradisca d’Isonzo, en Italie, le 29 mars. […] »

[Extrait du texte de Finimondo, traduit par Démesure]